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« Lire à fond »
Nadine LANNEAU
« Apôtre de la paix, tribun du socialisme, député de Carmaux, fondateur de l’Humanité, grand historien... Ce sont sans doute les qualifications qui viennent le plus souvent à l’esprit quand on évoque Jean Jaurès et qu’on cherche à caractériser par une formule le sens général de sa vie et de son action. Mais il fut aussi, et tout d’abord, un « prof », un enseignant fier de son métier et très attaché à répondre aux questions matérielles et morales, comme on disait alors, que pouvait poser l’exercice de la profession » [1]
Les années 1880 sont une époque de grandes réformes dans l’enseignement. Jean Jaurès se démarquera peu à peu de Jules Ferry dont il soulignera toujours l’importance de l’œuvre législative dans le domaine scolaire même s’il s’agit à ses yeux « d’une œuvre incomplète et paradoxale si elle ne s’accompagne de l’émancipation économique et sociale des classes populaires ». Jean Jaurès publie sa lettre aux Instituteurs et aux Institutrices dans le journal La dépêche en 1888. C’est à ce moment-là le plus jeune député de France, agrégé de philosophie. La lecture occupe une place centrale dans l’article (voir l’édito) : Savoir lire vraiment sans hésitation, comme nous lisons vous et moi, c’est la clef de tout. Est-ce savoir lire que de déchiffrer péniblement un article de journal, comme les érudits déchiffrent un grimoire ?
Elsaweb au service de la « lecture selon Jaurès »
Cette compréhension de la lecture a toujours été celle de l’AFL à travers ses écrits théoriques, ses travaux à l’INRP, et les outils informatiques qu’elle a créés, d’Elmo dans les années 1980 à Elsaweb en 2015. « Il faut d’abord que vous appreniez aux enfants à lire avec une facilité absolue, de telle sorte qu’ils ne puissent plus l’oublier de la vie et que, dans n’importe quel livre, leur oeil ne s’arrête à aucun obstacle. »
Avec les séries d’Elsaweb, l’apprenti lecteur découvre
de vrais textes, des textes de littérature jeunesse ou adulte, delà lecture fonctionnelle, des écrits divers, des textes dans lesquels il faut parvenir à entrer pour accéder au sens ; textes dont il faut comprendre la construction (D) en annotant avec un titre, des mots-clés, un résumé ; textes dont il faut anticiper la suite (E) ce qui mobilise syntaxe, vocabulaire, relations internes de sens ; textes qu’il faut lire rapidement en s’appuyant sur les éléments du lexique (F). Toutes les compétences mises en jeu dans la lecture sont ainsi réunies.
« Ne pas fabriquer simplement des machines à épeler. »
Des séries plus techniques et plus ludiques aussi (A et C) proposent des empans de textes (mots ou groupes de mots) où prendre des indices pour permettre une grande rapidité d’identification au milieu d’autres mots. Il n’est plus possible de déchiffrer. L’œil est entraîné à lire directement et l’habitude prise va rester.
« Vous ne devez pas lâcher vos écoliers, vous ne devez, pas, si je puis dire, les appliquer à autre chose tant qu’ils ne seront point par la lecture aisée en relation familière avec la pensée humaine. »
Elsaweb permet à chaque utilisateur, enfant à partir du CE2 et adulte, d’apprendre à son rythme et selon ses besoins. Il s’agit bien au bout du compte, d’outiller chaque lecteur pour l’aider à penser le monde, et l’amener à le transformer. Avec Elsaweb, le maître devient tuteur, il accompagne l’apprentissage, il n’est pas donneur de leçons. L’apprenti est en autonomie, même si le logiciel le guide, et le tuteur peut revenir en arrière avec lui grâce à la fonction « historique ». Celle-ci permet de refaire les exercices autant de fois que nécessaire, pour mieux comprendre les difficultés et progresser, donc faire de la métacognition. Ajoutons un effet important et souvent observé : la confiance que l’apprenti gagne rapidement en lui et dans son pouvoir de lire.
Jaurès évoque un « travail de l’esprit ». On parle à l’AFL, avec Jack Goody de « technologie de l’intellect » [2].
Elsaweb permet d’aller au-delà de vœux pieux, « Il faut savoir lire » en donnant de véritables moyens aux apprentis lecteurs pour qu’ils accèdent vraiment à la lecture... comme l’entendait Jaurès...
[2] Jack Goody, La raison graphique. La domestication de la pensée sauvage, Paris, Les Éditions de Minuit, coll. « Le sens commun », 197
