Dossier

« La série A »

OU S’ENTRAÎNER À SÉLECTIONNER LES INDICES PERTINENTS DANS DES EMPANS DE LECTURE DE PLUS EN PLUS LARGES POUR IDENTIFIER VITE

PRÉSENTATION DÉTAILLÉE

Qu’exerce la série A ?
Cette nouvelle mouture de la série A, plus précise dans ses objectifs, vise à perfectionner la prise d’indices sur des empans de lecture de plus en plus larges. Fille exerce la reconnaissance de groupes de mots isolés et ne propose pas de travaux sur des textes intégraux. Ainsi, dans cette série, le lecteur s’entraîne à reconnaître des formes écrites dans une liste de groupes de mots qui s’affichent dans un temps très court, et ce, en référence à un groupe de mots cible donné au début de chaque passage.

Le déroulement
Le lecteur exécute 16 passages au cours d’une même série, répartis en 4 quatre moments (soit, quatre passages par moment). Chacun des moments entraîne une « habileté » spécifique et le déroulement est similaire pour tous les passages : un groupe de mots cible est présenté au début, toujours en lettres entières. Puis, 15 groupes de mots s’affichent dans un temps très court à partir d’un point de fixation central. Le lecteur appuie sur la barre d’espace ou clique à chaque fois qu’il reconnaît le groupe de mots cible. Avant chaque affichage d’un groupe de mots, un point matérialise l’endroit de la fixation de l’œil. Après chaque affichage, un masque de croix stoppe l’exposition sur la rétine du groupe de mots, ce qui évite tout effet de persistance.

Les quatre moments
Pour les quatre moments, l’affichage se produit en cascade, de haut en bas de l’écran.
Le moment 1 entraîne la reconnaissance de groupes de mots en lettres entières.
Le moment 2 entraîne la reconnaissance de groupes de mots écrits en police ODUMO seul le haut des mots est visible.
Le moment 3 entraîne la reconnaissance de groupes de mots où seules les consonnes sont visibles : l.s v.Jl.s s.nt r.mpl.c..s p.r d.s p..nts.
Le moment 4 entraîne la reconnaissance de groupes de mots qui s’affichent successivement, en lettres pleines et entières, à partir d’un point de fixation qui se déplace, aléatoirement, de gauche à droite sur l’écran. L’objectif de ce quatrième moment est de casser la routine d’un simple déplacement vertical de l’œil et de travailler le déplacement horizontal.

Les variables
► La taille des empans varie de 8 à 29 signes (lettres ou espaces).
► Au premier passage, le nombre de signes des empans est déterminé par la série test « T » que le lecteur a effectuée avant la série A. Puis, au sein d’un exercice, la taille des empans augmentera de deux signes, d’un passage à l’autre, si la réussite est totale, c’est-à-dire sans oubli ni confusion, et, restera fixe en cas d’erreur.
► Le temps d’affichage ne varie pas au cours de l’exécution d’une série A. Mais, il diminuera au fur et à mesure de l’avancement des plans : 125 millisecondes pour les trois premiers plans, puis 100 ms pour les plans 4, 5, 6 et 7, et, enfin, 75 ms pour les trois derniers plans.

Les vidéos réflexives
► Après l’exécution des exercices, la série A propose un temps de réflexion sur les éléments qu’elle entraîne et sur la lecture en général à travers une vidéo très courte. Le lecteur découvre une nouvelle vidéo à la fin de chaque plan, soit dix au total, qui pourront être revues indépendamment de la réalisation de la série A.
► Chaque vidéo explicite et illustre un point spécifique de l’acte lexique en rapport avec la série A. Fille tente ainsi d’éclairer et de préciser ce qu’entraîne cette série et comment elle s’y prend pour le faire.
► Le commentaire des vidéos rappelle l’importance de multiplier les entraînements de la série A et invite le lecteur à se rendre dans l’historique de la série où il a la possibilité de s’exercer autant qu’il le souhaite.

Les résultats
► Les résultats de l’exercice qui vient d’être réalisé sont présentés juste après la vidéo réflexive. Comme pour les autres séries dans Elsa, le tableau récapitulatif affiche un résultat global - pourcentage de réussite calculé sur l’ensemble des 16 passages— et des résultats plus détaillés, en fonction des 4 moments, qui mettent en évidence les reconnaissances réussies, les oublis et les confusions.
► La page de résultats affiche aussi une information sur l’efficacité et l’amélioration du lecteur. La vitesse de lecture est enregistrée pour le premier et le dernier passage du moment 4 ; elle est donnée en nombre de mots lus par heure (mph).
► Ces résultats sont intégrés dans des graphiques qui montrent l’évolution du lecteur stagiaire au fil des séries réalisées. Ils sont consultables sur le tableau de bord en même temps que ceux des autres séries et réactualisés au fil des plans effectués.

CONTRIBUTION DE LA SÉRIE A À LA CONSCIENCE GRAPHIQUE

Dans la série A du logiciel ELSA, tous les groupes de mots étaient projetés en écriture canonique (entière), hormis un court passage en silhouettes lissant une partie des indices pertinents. La série A de la plateforme elsa explicite mieux au lecteur qui se perfectionne la direction vers laquelle il doit porter son attention. L’utilisation de la police « Odumo » met en valeur « le gréement des mots ». Dans la langue française, la majorité des indices visuels discriminants, part essentielle de la « carte d’identité » des mots, se trouvent au-dessus de la première ligne au point qu’a pu naître la proposition, pour diminuer les coûts d’impression et de papier, de n’imprimer que la partie supérieure des mots. Un notaire du nom de Leclair a proposé au 19e siècle de ne plus imprimer que la partie haute des mots. N’est alors visible que le haut des voyelles, les points sur les i et la partie haute des consonnes montantes.

De la même façon, les groupes de mots sont à rechercher à travers leur squelette consonantique. L’armature visuelle des mots de la langue française contribue, elle aussi, fortement à leur carte d’identité. Celle-ci permet, en situation de vraie lecture, d’identifier les mots très vite et de concentrer son énergie sur le sens à construire. P.s s. f.c.l. q.. c.l. d. n. I.r. q.. I. str.ct.r. c.ns.n.nt.q.. d.s m.ts d’.n. phr.s. m..s l.s v.Jl.s n’.nt q.’.n .nt.rl.gn. d. h..t..r s..f I.. gr.c.

Le quatrième moment simule un déplacement de l’œil avant la prise d’informations, et se rapproche un peu plus d’une situation où l’œil doit se mouvoir horizontalement pour se positionner et s’arrêter précisément à un endroit afin de prendre l’information nécessaire. Dans chacun de ces moments, le point de fixation n’est pas central mais, respecte ce que fait l’œil dans 80% des cas, adoptant spontanément une position de confort : il se pose au premier tiers de l’empan avant d’explorer la suite du texte. Ces acquis de la recherche sur la perception de l’œil en situation de lecture sont intégrés dans Elsa. Ces pistes pour que le lecteur s’intéresse de près au haut du mot ou à la structure consonantique n’interdisent pas au lecteur une prise d’indices singulière, en situation de vraie lecture... Au contraire, elles entraînent un aspect particulier de la prise d’informations et ces entraînements sur des aspects spécifiques seront naturellement réinvestis dans la complexité de l’acte lexique.

Il est certain que chacun a sa solution pour identifier les groupes de mots et que les indices utiles varient en fonction du texte et du déjà lu. Lors d’une fixation de l’œil, ce qui vient d’être lu détermine, à la fois sémantiquement et syntaxiquement, ce qui va être cherché et donc, en partie, l’endroit où l’œil va se poser. La taille des empans est évidemment limitée et ceux-ci ne sont pas forcément réguliers. Des indices, particulièrement discriminants dans certains mots (longtemps, théâtre), sont perçus loin dans la zone parafovéale... Il peut arriver que l’œil vienne se poser dans un espace entre deux mois. En général, la taille de l’empan de lecture ne permet pas d’identifier des groupes de mots « parfaits », tels qu’ils sont proposés au cours de la série A.

Durant sa lecture, le lecteur ne cesse d’anticiper, de faire des hypothèses, de les vérifier ou de les infirmer en interrogeant la couche graphique sur le papier ou l’écran. Il peut revenir en arrière, remonter dans le texte, marquant ainsi sa déstabilisation, désireux de comprendre pourquoi son horizon d’attente a été perturbé... Une bonne conscience syntaxique, en interaction avec la vision parafovéale, garantit la construction de l’ensemble des cadres grammaticaux de la phrase. Les mots, supports de la syntaxe (prépositions, déterminants, pronoms relatifs, conjonctions) sont repérés et mis au second plan dans le traitement cognitif afin de faciliter la concentration sur le sémantique et construire la compréhension. Les résultats expérimentaux montrent une meilleure réussite en compréhension quand cette conscience syntaxique est construite. C’est une piste de travail féconde pour la pédagogie de la lecture [1]. S’entraîner sur la série A, c’est sauter à la corde pour un boxeur, sprinter pour un sauteur à la perche, se muscler et pousser pour un pilier de rugby... Cet entraînement s’avère nécessaire et produit rapidement de solides effets. Il permet de quitter un comportement de déchiffreur pour adopter de nouvelles stratégies, en rupture avec celles acquises lors de l’apprentissage initial. Il est nécessaire et indispensable à condition de s’intégrer dans un plan complet d’entraînement, en parallèle d’autres séries.

Après dix plans d’entraînement, aura-t-il les armes d’un possible pouvoir ? A lui de l’exercer par une lecture de soupçon. A lui de s’interroger sur les intentions de l’auteur, à lui de choisir de succomber volontairement à son dessein ou, au contraire, de ne pas y adhérer.

« La série A »

[1On pourra approfondir cette lecture en se reportant aux articles suivants : Quels effets de l’entraînement à l’habileté syntaxique ? de Denis FOUCAMBERT ; L’apprentissage du fonctionnement syntaxique au service de la lecture d’Annie JANICOT.