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« Des athlètes... État septembre 2020 »
AFL
DES ATHLETES DANS LEUR TÊTE
ENTRAÎNEMENT ET PRATIQUE EXPERTE
RECHERCHE-ACTION
PROPOSÉE PAR L’ASSOCIATION FRANÇAISE POUR LA LECTURE AU DÉPARTEMENTDE SEINE-SAINT-DENIS
Origine d’un projet
Une des tables rondes d’un Colloque organisé en octobre 2017 par la Délégation interministérielle à la langue française pour la cohésion sociale réunissait des partenaires des centres de ressources illettrisme sur le thème : Quelle adéquation entre les dispositifs existants et les besoins des publics concernés ? Quelles sont les conditions d’une action territoriale cohérente et efficace ? Plusieurs témoignages avaient insisté sur la difficulté de cette cohérence et de cette efficacité dès lors qu’il s’agissait de lutter autour de l’école contre 1’échec des actions d’alphabétisation. Madame Benrabia, alors Préfète déléguée à l’égalité des chances de Seine-Saint-Denis, s’était notamment demandé si les acteurs se questionnaient suffisamment en amont afin d’agir sur les causes sociales de ces difficultés, accaparés qu’ils étaient par l’urgence d’une improbable remédiation scolaire.
L’AFL rencontra alors deux conseillers de la Préfète qui évoquèrent l’intérêt, dans la période qu’allait ouvrir la perspective des Jeux Olympiques, d’associer entraînement sportif et amélioration du recours collectif à l’écrit. Ces échanges ont fait émerger le souhait d’aider les différents acteurs à conduire des actions communes répondant plus efficacement aux besoins concrets de perfectionnement et d’entraînement d’une population dont l’hétérogénéité devrait devenir un levier efficace de promotion collective. Contact fut pris avec la Vice-présidente à la culture du Conseil départemental et avec le Président de Plaine Commune. Ces trois entités (Préfecture, Conseil départemental et Communauté de communes) ont insisté sur leur complémentarité et sur le rôle que tiendrait l’AFL dans la coordination directe de Recherches-Actions et le développement d’outils d’évaluation et de suivi de leur impact. Objectif : retrouver l’importance du langage écrit dans la réussite des engagements (sportifs, culturels, scientifiques, politiques, citoyens...) de la vie quotidienne.
D’où la nécessité qu’une vie démocratique exprime son besoin d’écrit et que la maîtrise individuelle s’intègre fonctionnellement à toutes pratiques sociales, a fortiori dans les lieux que fréquente une population jeune en train de prendre du pouvoir dans le monde. Paul Eluard affirme : « Il nous faut peu de mots pour exprimer l’essentiel ; il nous faut tous les mots pour le rendre réel. » Donnons-nous peut-être ensemble les moyens de rendre réel l’essentiel !
Évolution au contact du terrain
Au fil des mois, ce projet s’est précisé autour d’entraînements simultanés au sein du corps social. En référence au livre de Paul Fournel, Des athlètes dans leur tête se développera sur 6 années jusqu’aux JO de 2024. L’objectif en a été défini dès le mois de septembre 2018 : permettre aux jeunes des communes du 93 de s’affirmer dans le suivi et l’analyse d’un événement mondial d’une telle ampleur. Pour l’année 2019, n’ont été impliquées à titre exploratoire que les 9 communes du regroupement Plaine Commune : il s’agit de préparer leurs jeunes au maniement d’outils d’analyse, de production et d’animation leur permettant, le moment venu, d’animer un dialogue entre ce que donneront à connaître les médias professionnels et la population locale qui en sera le témoin direct ; ainsi que, au plan international, d’étendre ce dialogue avec les structures des pays dont sont issues les familles immigrées de la majorité de ces jeunes.
Accueil des éducateurs
L’engagement potentiel des éducateurs (entraîneurs, professeurs, maîtres, animateurs, etc.) se heurte à une même réalité : lorsque, à l’occasion des activités qu’ils promeuvent, on parle de la nécessité de recourir à leurs écrits spécifiques, c’est le rejet majoritaire de la lecture qui est le plus souvent évoqué. Il faudrait certes que les jeunes utilisent mieux l’écrit mais cela ne relève ni de la mission ni de la compétence d’animateurs spécialistes d’autres domaines ! Aussi trouve-t-on rarement des écrits dans les clubs sportifs en dehors de ceux affichés pour indiquer les horaires d’entraînement, les règles d’hygiène à respecter ou l’échéance des cotisations. On en trouve certes davantage dans les écoles de théâtre ou les ateliers photo, mais ce n’est déjà plus le même public... Le travail des intervenants de l’AFL s’est donc directement centré, dès janvier 2019, sur la rencontre des associations culturelles, sportives et sociales afin de les sensibiliser à la nécessité de déscolariser la lecture et de retrouver la place fonctionnelle de l’écrit, non comme une conséquence souhaitable de l’école, mais comme un besoin préalable et incontournable de tout engagement citoyen. En 1860, 80% des ouvriers parisiens ne lisaient-ils pas sans avoir jamais fréquenté une école ? Mais quels textes ? Et accessibles grâce à quelle éducation mutuelle ?
Accueil des centres spécialisés
Paradoxalement, c’est surtout dans les centres de loisirs, les maisons de quartier et les centres socio-culturels des communes les plus populaires du 93 que s’observe l’évitement le plus abouti de l’écrit, ceci dans l’espoir de ne pas décourager davantage les jeunes qui y ont déjà bien peu accès chez eux, et qu’on finance en parallèle les structures les plus traditionnelles de « soutien scolaire »... Il y a donc une réflexion à mener auprès des responsables politiques au sein de la commune, non pour en « rajouter » à ce que l’éducation nationale a décidé de mettre en place pour enseigner la lecture, mais pour qu’ils dynamisent, dans la vie de leurs quartiers, la diversité des écrits utilisés et fassent ainsi se rejoindre la finesse d’un travail d’abstraction et la richesse des productions populaires qui le rendent nécessaire. Par exemple, dans un atelier cuisine, non seulement quelques recueils de recettes, mais des livres de diététique, des ouvrages d’histoire de l’alimentation, une sélection de la presse gastronomique, des enquêtes que les apprentis produisent eux-mêmes auprès de leurs aînés, ainsi que des extraits d’une littérature qui propose son propre regard sur cet univers...Et dans un club de foot, un lieu où rencontrer des hebdomadaires spécialisés, des personnes avec qui consulter des livres techniques sur l’entraînement, sur l’évolution du sport, sur les effets sociaux du professionnalisme, sur des biographies de champions, sans parler des analyses écrites par les joueurs eux-mêmes à propos de leur participation à des matches et dont la succession formera l’ossature de leur dossier d’entraînement... En clair, replacer tous ces engagements dans le sein d’une volonté partagée.
Accueil des municipalités
Dans 6 des 9 communes de Plaine Commune contactées, les maires et les services municipaux ont réaffirmé leur volonté d’élever le recours de la population à l’écrit, notamment à travers l’engagement de ses jeunes dans des interventions publiques accompagnant la tenue des Jeux Olympiques. Toutefois, les communes interviennent déjà massivement en soutenant financièrement des actions décidées au niveau national par des ministères — par exemple de l’éducation, des sports et de la culture —, ce qui leur laisse in fine bien peu de moyens et de temps pour mettre en œuvre leur propre politique recourant à l’écrit comme outil indissociable de leur vie citoyenne. Pour les 3 autres communes, la nécessité de cette entrée n’est pas encore perçue, quand elle n’est pas simplement niée !
En 2019
S’appuyant sur les activités — sportives, théâtrales, musicales, culinaires, picturales, poétiques, techniques, artistiques, etc. — dont la pratique exigeante emprunte au concept d’entraînement —, la recherche expérimentale proposée par Des athlètes dans leur tête a montré que l’engagement et la coopération des responsables et des intervenants de tous les lieux actifs de vie populaire gagnent à répondre à une demande exprimée à l’échelon municipal.
Les nombreux contacts développés au cours de l’année 2019 ont permis des démarrages d’actions qui ont rendu possibles, de part et d’autres, d’importantes prises de conscience. Ils ont été indispensables pour faire connaître un projet à long terme aux membres des associations et des services relevant du Commissariat Général à l’Egalité des Territoires ; et pour faire comprendre aux membres de l’AFL la complémentarité des accueils qu’ils ont reçus. Globalement, les animateurs, formateurs et entraîneurs, tout en étant réceptifs, ont semblé craindre que ce projet vienne s’ajouter à ce qui les absorbe et les isole déjà aujourd’hui. Aussi, faut-il être plus précis : c’est aux municipalités de s’organiser afin que leurs habitants ne soient pas enfermés, le moment venu, dans le spectacle répétitaire d’événements médiatiques, publicitaires et commerciaux mais produisent, pour une occasion internationale des regards lucides, contradictoires et citoyens. Ce ne sont donc pas des acteurs individuels qui peuvent s’engager durablement mais des communes qui assument leurs choix d’une Education populaire afin que tous les habitants — aidés par les entraîneurs des diverses disciplines, les producteurs d’informations et de biens culturels, les correspondants des médias locaux, etc. — prennent toujours mieux en main ce qui caractérise leur citoyenneté. Retrouver l’accueil originel des municipalités...
En 2020
L’année 2020 a permis de déterminer à quelles conditions Des athlètes dans leur tête pouvait alimenter en profondeur l’engagement innovant et de long terme des municipalités en matière d’éducation publique. le monde découvrira-t-il en 2024, comment les communes du « 93 » auront contribué à « retourner la peau du destin » en préparant leur jeunesse pendant les quatre prochaines années à s’investir dans la production et le partage des avoirs nouveaux et le renouveau de l’Éducation populaire au plus près de leur territoire ?
Donc, une société qui a besoin de l’écrit pour être plus démocratique...
Besoin et non peur ! Comment ce qui était à l’origine l’offre d’un simple entraînement personnel en lecture peut permettre aux individus d’être, à l’arrivée, pour quelque chose dans l’élévation collective du recours au langage écrit comme outil de pensée et d’échange ? Comment à l’occasion d’un événement international, permettre que se rejoignent pratiques et spectacles avec la possibilité d’en penser effets et raisons au niveau d’une structure départementale ambitieuse ? Quelques pistes :
Accroître — autant en réception qu’en production — la présence du langage écrit au sein de toutes les activités qu’exigent les entreprises (culturelles, sportives, de loisirs, citoyennes, productives, etc.) qui alimentent la vie d’une démocratie. Donc penser le recours à l’écrit, non comme un moment séparé, mais intégré fonctionnellement à tout usage collectif.
Impliquer dès lors, à propos de la préparation des J.O., une population — techniquement mieux outillée en direction de l’écrit — non seulement dans la consommation d’informations écrites produites dans des lieux plus ou moins mystérieux mais aussi (et surtout ?) dans l’analyse des événements et la possibilité d’y intervenir de manière citoyenne.
Obtenir l’aide des médias existants, locaux, nationaux et internationaux (journaux, TV, radio, théâtre, cinéma, etc.), pour alimenter une production locale hétérogène (aussi bien en âge qu’en responsabilité, en enthousiasme qu’en culture) afin qu’un grand nombre d’adolescents se soient préparés avec eux à produire dans des réseaux locaux de réflexion et d’analyse une information citoyenne différente. Nouvelle lecture, nouveaux écrits, nouveaux regards sur le monde ! Nouveaux pouvoirs...
Non pas ajouter une action verticale supplémentaire (avec son personnel et des frais de fonctionnement propres) mais explorer autrement que sur le mode de l’alphabétisation la recherche d’une « lecturisation ». Le langage écrit comme tout autre outil de pensée est une pratique produite au sein d’un rapport économique, politique et social...
Il y a dans les communes de Seine Saint-Denis beaucoup plus d’exigence — donc de possibilités - que la lecture soit l’affaire de tous que dans des départements dits favorisés. Et le vécu du « 93 » lui permet de tenter l’aventure autrement. Coexistent en effet : des investissements publics pour remédier à une réelle fragilité économique ; des réseaux importants de solidarités actives ; un maillage serré d’offres sportives et culturelles ; une jeunesse exigeante et une grande diversité sociologique ; un grand nombre de langues parlées et d’habitants déjà bilingues...
La Seine Saint-Denis est un laboratoire exceptionnel où s’invente l’avenir dès lors qu’on permet à tous ceux que le présent insatisfait d’expérimenter ensemble. Il sera alors jubilatoire que le monde découvre en 2024 que ce sont les jeunes du 93 qui renvoient avec la centaine de langues des nations dont sont issues leurs familles une information sur les JO différente de celle préparée traditionnellement par les grands médias internationaux !
