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« Histoires Pressées, À toi de jouer ! »

Yvanne CHENOUF

« Histoires pressées, à toi de jouer ! », Bernard FRIOT, MILAN, 2020

Bernard Friot n’arrête pas de lire et d’écrire avec les enfants.

Il a écrit des histoires courtes mais denses, surprenantes, où l’émotion colle au rire —► Histoires pressées

Il a écrit un gros agenda de poésie qui ravit les enfants si peu formés à en lire —► L’Agenda du (presque) poète

Il a écrit des boîtes à outils sans vis ni boulons —► La Fabrique à histoires

Il a écrit des « manuels » de diction (et de gesticulation) —► Poèmes à dire comme tu voudras

Il a écrit des journaux intimes où l’enfance grandit sur un fil, entre doute et confiance —► Livre de mes records nuls

Il a écrit des chroniques scolaires —► J’aime (je déteste) le sport

Il a écrit des comptines —► Suhubiette

Il a écrit des albums —► Moi je suis un cheval

Il a écrit des romans —► Rien dire

Il a traduit de grandes auteurs —► Promenade

Il répond quand on lui écrit (pp. 84-86) et, surtout il écoute.

Pour cette rentrée il revient avec un « mode d’emploi » de quelques-unes de ses Histoires pressées : Histoires pressées, à toi de jouer.

Dis-moi comment tu lis...

Bernard Friot s’amuse (car il est facétieux) à faire réfléchir les enfants sur ce qui entoure leur lecture, il les invite à se « regarder lire », à porter un regard sociologique sur cet acte jugé « naturel » ou « automatique » dès lors qu’on sait déchiffrer. « Comment ce livre est-il arrivé jusqu’à toi ? » demande-t-il, par exemple, et il décline quelques propositions pour ne jamais laisser ses lecteurs démunis devant un exercice (car ce n’en est pas un).

Vis ma vie...

Habitué à répondre à des questions de lecteurs, il propose ses réponses les plus récurrentes : aux enfants d’imaginer les questions sous-jacentes. Et puis il inverse les rôles : il pose des questions aux lecteurs sur leur métier de lecteurs, sincèrement intéressé par leurs réponses. Il leur demande ainsi de faire un pas de côté (que faire des rencontres avec un auteur) et de se livrer à un regard introspectif (sont-ils les lecteurs qu’ils pourraient être ?).

Un lecteur averti en vaut bien davantage

Bernard Friot a lu beaucoup de théorie sur le fonctionnement de la lecture et de l’écriture et il sait, non pas l’expliquer aux enfants, mais leur faire vivre. Ainsi de l’horizon d’attente (« C’est toi qui lis »), de la temporalité narrative (« Il faut du temps pour lire »), de la spatialité du récit (« Ça se passe où ? ») ou de l’effet-personnage (« C’est qui, ce type ? »). Et chaque fois, des astuces, des combines, l’assurance que ce n’est pas compliqué.

Un écrivain aussi

Contrairement aux ateliers d’écriture où les enfants sont mis devant des consignes qui les laissent coi, Bernard Friot commence les histoires et propose aux enfants de les terminer sans les abandonner tout en haut d’une page blanche : il leur chuchote des moyens d’avancer en cherchant les questions que chaque ligne renferme. Et toujours, un texte à lire, un site où envoyer sa production et même le moyen de réussir : faire le coup à plusieurs.

Bernard Friot ne parle pas d’exercice mais de jeu, il ne se compare pas à un artiste mais à un bricoleur, il ne propose pas aux enfants de s’appliquer mais de se mettre une passoire sur la tête pour lire une histoire de martien, il leur dit de se méfier des auteurs (rien que des menteurs et des tricheurs), de ne jamais les croire sur parole (sur écrit) mais de toujours débattre avec eux. Révélant quelques-unes de ses clés, illes entraîne dans son atelier (son cerveau), ne cachant rien de ses doutes, de ses erreurs, de ses trucs en leur proposant même de s’essayer aux problèmes qu’il a lui-même tenté de résoudre. (« Comment habiller un squelette ? »)

Quel livre ! Tout petit, il contient des milliers de flammèches pour enflammer les neurones des enfants, leur mettre des fourmis dans les mains et des battements au cœur. Oui, si on s’y prenait comme ça, aucun sens ne serait interdit les croisements d’idées s’auto-multiplieraient et les regards sur le monde seraient panoramiques. Bernard Friot est le seul auteur à faire lire les enfants un crayon à la main en même temps qu’il enlève une épine du pied des enseignants

Yvanne CHENOUF

Livres cités

(sinon voir la bibliographie complète : https://www.ricochet-jeunes.org/auteurs/bernard-friot)

Agenda du (presque) poète, ill. Hervé Tullet, De la Martinière, 2007
La Fabrique à histoires, Milan, 2011
Histoires pressées, Nouvelles histoires pressées, Encore des histoires pressées ont toutes été rééditées chez Milan, 2019
J’aime (je déteste) le sport, ill. Zelda Zonk, Milan, 2013
Livre de mes records nuls (tome I), Flammarion, 2014
Moi je suis un cheval, ill. GekTessaro, La Joie de lire, 2016
Poèmes à dire comme tu voudras, ill. Amélie Falière, Flammarion Père Castor, 2016
Promenade, Jungho Lee, Milan, 2017
Rien dire, Actes Sud, 2016
Suhubiette, Pas vu, pas pris, ill. Sherley Freudenreich, Didier, 2014

« Histoires pressées, à toi de jouer ! », Bernard FRIOT, MILAN, 2020 (pdf)