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« Apprendre et enseigner l’intelligence des langues » (Joëlle Cordesse)

Lu par Sophie VOGEL

« APPRENDRE ET ENSEIGNER L’INTELLIGENCE DES LANGUES. À L’ÉCOLE DE BABEL, TOUS POLYGLOTTES », JOËLLE CORDESSE, ÉDIT. CHRONIQUE SOCIALE. 2009, 191 p., 16€

Peut-on apprendre et enseigner l’intelligence des langues et comment y parvenir à l’école aujourd’hui ? C’est la problématique à laquelle l’auteure s’attache en proposant dans son livre une pédagogie innovante qui prône le corps en mouvement, la théâtralisation, la mise en scène. « Parler une langue, c’est jouer à être l’autre ». L’imitation est trop souvent décriée comme l’est la copie ou le par cœur or l’imitation devient intelligente dès lors que ce qu’on imite est intériorisé, nourrit de sa propre histoire.

Pour Joëlle Cordesse, si l’enfant a appris sa langue maternelle, il n’y a pas de raison qu’il ne sache pas en apprendre d’autres. Le Français est une langue. L’enfant n’a pas appris une liste de mots qu’on lui aurait soumis mais a construit son savoir à partir d’une imprégnation, de situations particulières dans sa langue maternelle. On développe l’apprentissage de la langue en s’essayant, en échangeant pour la construire. On comprend de la démarche pédagogique de l’auteure, même si le lecteur a de fortes présomptions de le penser, que s’il y a tant d’échecs, c’est bien parce qu’il n’y a pas de situations vraies, de situations vécues. Or vivre des situations vraies en langue étrangère est un défi à notre peur de l’étrangeté. Et c’est le goût de l’étrangeté qu’il faut construire. Les labos de langues, où les apprenants répètent des phrases dans l’objectif d’obtenir un accent parfait, celui d’Oxford de préférence, forment de bons perroquets mais n’obtiennent certainement pas de bilingues ou de polyglottes. Le « don », le « sens » des langues ne sont pas le privilège de quelques-uns, ils sont présents chez tous et s’épanouissent s’ils sont sollicités. Joëlle Cordesse parle de la jubilation que l’on ressent à le découvrir. Elle fonde sa théorie sur de nombreuses références à Peirce.

Le livre s’organise en 6 chapitres avec des synthèses qui reprennent méthodiquement les mêmes rubriques : les implicites d’une culture monolingue, de nouveaux concepts, le travail de l’animateur, les contenus théoriques. Chaque chapitre développe une situation particulière d’apprentissage à partir d’ateliers novateurs.

On retrouve dans ce livre des thèmes et des pratiques chers à l’AFL : apprendre à plusieurs pour construire son savoir, être confronté à la complexité en apprenant plusieurs langues.

Un livre à recommander aux professeurs enseignants les langues vivantes pour faire évoluer les pratiques au collège et donner aux élèves l’envie d’apprendre, de se lancer et réussir à vaincre leur timidité. Joëlle Cordesse est membre et responsable du Groupe Français d’Éducation Nouvelle, fondatrice du Secteur national Langue(s), membre actif du LIEN depuis sa fondation en 2000. Elle est à l’initiative de projets de dimensions nationale et internationale. Elle a cofondé au croisement de plusieurs mouvements d’éducation nouvelle et populaire un laboratoire associatif de recherche : les Labos de babel Monde. www.labosdebabel.org.

Agrégée d’anglais et docteur en sémiotique et communication, spécialiste de sémiotique percienne, membre de l’Association française et internationale de Sémiotique, de l’Association de linguistes et anglicistes de l’enseignement supérieur, elle a été professeur d’anglais pour le secondaire et est chargée de cours à l’Université de Perpignan (logique méthodologique et logique de remédiation).

« Apprendre et enseigner l’intelligence des langues » (Joëlle Cordesse)