Éditorial
« Édito décousu... »
Michel VIOLET
Ne nous leurrons pas ! L’histoire de la pédagogie est pleine d’aberrations, de propositions insolites, de solutions miracles et de méthodes farfelues. Zazie en voulant être enseignante avait là les meilleurs moyens d’atteindre son objectif ! [1] Et c’est en lecture – sans doute parce que c’est le premier défi auquel l’école est confrontée – que l’imagination des pédagogues ne connaît pas de frein et que naissent les pratiques les plus saugrenues. On a recours, entre autres, aux couleurs, à des gestuelles sophistiquées, à un langage simplifié ou – gageure – à un sens autre que celui de la vue. Car la difficulté à surmonter est toujours la même dans cette approche traditionnelle de l’écrit : comment faire mémoriser des signes dépourvus de sens et leurs associations improbables. Et puis, pourquoi faire simple ?
L’histoire des sciences de l’esprit n’a rien à envier à celle de la pédagogie sinon qu’on y trouve, en prime, des retombées pratiques pour le moins terrifiantes. Les annales de la psychiatrie regorgent de coercitions barbares et la lobotomie est encore en usage dans beaucoup de pays. Le cerveau, la « boite noire », siège d’activités multiples, complexes et intrigantes, ne se laisse pas facilement approcher alors qu’il a un fonctionnement fragile : la moindre substance vous fait voir les radiateurs en rose, au moindre avatar l’intellect se dérègle et c’est l’absence ! Aujourd’hui, on pense savoir ce qu’il s’y passe grâce à la neuro-imagerie et aux réactions physico-chimiques de rats courant dans des labyrinthes. C’est à la mode ! Face à cet engouement et aux sommes énormes investies dans ces recherches, notamment aux États-Unis, certains doutent de résultats annoncés en si grande quantité et si rapidement [2]. Et pourquoi faut-il que derrière chaque neurologue se cache un pédagogue ? On peut être très au fait des circuits s’allumant dans le cerveau d’un lecteur et tout ignorer de ce qu’est véritablement la lecture et donc des conditions de son apprentissage. Tout cela s’inscrit dans cette politique de médicalisation des difficultés scolaires et de la pédagogie, en vigueur depuis des décennies. C’est là le sujet du dossier du présent numéro de notre revue à propos d’une émission télévisée Les chemins de la lecture traitant de l’imagerie cérébrale et, supposément, du recours à l’écrit.
Les responsables du journal de 20 heures de France 2 se préoccupent d’enseignement et les sommaires de leurs émissions comportent souvent une séquence ou un dossier sur ce sujet. Effort louable pour informer le grand public sur des questions souvent réservées aux spécialistes. Hélas, force est de constater que la plupart de ces reportages exposent les aspects les plus contes - tables ou les plus surannés en matière de pédagogie.
C’est ainsi que le mardi 16 avril dernier, on annonçait un dossier sur les méthodes les plus avancées de la « neuropédagogie ». Diantre ! On commença par expliquer que depuis que les neurobiologistes savent faire clignoter des circuits dans le cerveau, on en sait beaucoup plus sur les phénomènes d’apprentissage et donc sur les manières d’enseigner. Vinrent ensuite des séquences édifiantes, tournées dans des classes de physique et de littérature de lycée et de collège, exemples ineptes de neuro-pédagogie directement inspirés des dernières découvertes des psychologues cognitivistes utilisateurs de la neuro-imagerie. Le reportage le plus remarquable fut pourtant celui sur l’apprentissage de la lecture. On a pu voir des jeunes enfants à qui on avait bandé les yeux et qui devaient identifier des lettres en relief, la maîtresse se félicitant des résultats qu’elle obtenait. Puis un psychologue cognitiviste sémillant est venu expliquer que les enfants ayant le sens du toucher particulièrement développé à cet âge, il convenait d’activer la zone du toucher (image du cerveau avec zone colorée) pour faciliter les connexions entre la zone de la vision (image du cerveau avec zone colorée) et celle de l’audition (image du cerveau avec zone colorée). Bluffant, non ?
Molière, tu nous manques !
CUISTERIE
Dans les enquêtes, nous sommes passés entre 2000 et 2009, du 10ème au 17ème rang pour la compréhension de l’écrit. Même chose en ce qui concerne la lecture.