Dossier Apprendre à lire une langue qu’on ne parle pas
« La plateforme Vidéographix »
Alain DÉCHAMPS
« Application d’informatique en nuage, Vidéographix vous permet de déposer tout document dématérialisé (écrits, images, vidéo, audio, diaporamas, etc.) de votre choix. Vous rangez vos documents dans des classeurs. Comme un classeur papier, on y insère des pages que l’on écrit (pages standards), des documents préalablement existants que l’on ajoute (pages documents) et des intercalaires, tout en gardant la possibilité à chaque instant de modifier chacun de ces éléments. Vidéographix propose : ► de gérer ses travaux personnels et professionnels, de manière privée ou partagée avec des groupes que l’on crée ou choisit, ► de gérer un système indépendant de notes personnelles, ► de consulter les travaux mis à disposition par les autres utilisateurs, ► d’entrer en contact avec eux de manière plus ou moins différée (forum, messagerie, messagerie instantanée). Vidéographix permet aux élèves d’avoir accès aux documents mis en ligne par leur professeur, de lire et relire des textes comportant des aides sous forme d’images, de vidéos ou de courts textes, de télécharger des livrets d’exercices, etc. »
Le projet Vidéographix est né d’une demande d’enseignants de structures bilingues (LSF, français écrit) qui, utilisant le logiciel Idéographix [1], souhaitaient son évolution en proposant principalement l’intégration de vidéos en LSF et la possibilité pour les formateurs de partager leurs travaux et de communiquer par visioconférence. Cette plateforme peut évoluer à partir des réflexions issues des différents travaux menés dans les classes, mais nécessite, toutefois, pour un enseignant qui souhaite avoir à sa disposition un outil complet d’investigation des textes, d’utiliser en parallèle le logiciel Idéographix.
La découverte de la plateforme peut commencer par une ouverture des classeurs déjà en ligne, mis à disposition de tous. Nous préférons proposer ici une découverte en action.
1. les groupes de travail.
Tout commence par la création d’un ou plusieurs groupes de travail. L’enseignant créera un groupe de travail personnel et lui seul, s’il le décide, pourra avoir accès aux documents qu’il place sur la plateforme. Mais, il aura aussi tout intérêt à créer des groupes d’élèves (par exemple un groupe classe, et éventuellement des sous-groupes), groupes qui n’auront accès qu’aux documents qu’il met à leur disposition. Il sera bien temps, plus tard, d’inscrire les élèves.
Créer un groupe ► nom du groupe (ex : Lyon, école J. Prévert/CM1) ► renseignements sur le groupe (facultatif) ► visibilité du contenu du groupe (public ou privé)
Inscrire les élèves ► nom d’utilisateur ► adresse de courriel (créer une adresse fictive) ► mot de passe ► statut élève ► renseignements complémentaires à remplir
Gérer les groupes ► ajouter un membre ► nom d’utilisateur ► actif
Début septembre, l’enseignant crée un groupe pour sa classe. Il n’aura pas besoin d’inscrire ses élèves si cela a déjà été fait les années précédentes. Il aura juste à les ajouter au groupe créé.
2. les classeurs.
Un classeur pourra être créé à partir d’un texte qui a été ou sera étudié lors de leçons de lecture, mais pourra l’être aussi à partir du projet d’une production socialisée (circuit-court, journal d’école, journal de quartier, interventions dans le quartier ou une association, vente de livres, etc. [2]).
Chaque classeur est constitué de différentes pages : ► des pages standards que l’on écrit à partir du traitement de texte intégré ► des pages documents dans lesquelles on importe des documents existants par ailleurs, créés avec d’autres logiciels (traitements de texte ou tableurs, PDF, des diaporamas, Idéographix, etc.) ► des pages « lire et relire » donnant accès à des aides (définitions, courts textes, illustrations, vidéos, audio) permettant aux élèves d’être autonomes pour des lectures et des relectures de textes. Des intercalaires seront créés afin de ranger les différents documents.
Un classeur « étude d’un texte » peut contenir le texte étudié, un résumé de ce texte, une notice sur l’auteur, des comptes-rendus de leçons de lecture, des outils et des exercices créés dans Idéographix, des illustrations, des vidéos, etc. Un classeur « production socialisée » peut être constitué de brouillons d’élèves, de comptes-rendus d’enquête, d’analyses de documents nécessaires au projet, d’interviews, de photos, de vidéos, etc. Les pages peuvent être modifiées, réorganisées à tout moment. Il est aussi possible de voir par qui et quand chaque page a été lue.
Dans la classe, un débat a eu lieu sur la guerre à partir d’une revue de presse. L’enseignant propose alors à ses élèves d’étudier l’album « Moun » de Rascal pour engager une réflexion plus approfondie quant aux conséquences de la guerre sur la vie d’enfants. Il lui semble, en outre, que ce texte est intéressant à étudier dans le cadre de leçons de lecture [3] par rapport aux textes précédemment étudiés [4]. Il décide donc d’ouvrir un classeur « leçons de lecture » pour l’album Moun.
Créer un classeur : ► nommer le classeur ► préparer la première de couverture (un écrit ou une illustration) ► insérer une ou plusieurs vidéos si nécessaires ► indiquer le genre du classeur (leçon de lecture, circuit-court, animation, journal, etc.) ► remplir le formulaire qui met en réseau les différents classeurs (auteur, illustrateur, éditeur, mots clés) ► choisir par quel(s) groupe(s) le classeur peut être vu. Le classeur sera placé automatiquement dans l’onglet « classeurs de classes ».
3. les différents types de pages et les prises de notes.
L’enseignant saisit alors le texte de l’album dans Vidéographix en créant une page standard. Il insérera une ou plusieurs interprétations du texte plus tard. Il sait qu’il est possible d’annoter les pages, de comparer leurs différentes versions, de les analyser (statistiques / lisibilité / dictionnaire par occurrences).
Créer une page standard : ► donner un titre à la page ► saisir ou copier le texte dans le premier champ ► insérer une ou des vidéos ► choisir par quel(s) groupe(s) le classeur peut être vu ► lier la page au classeur créé.
Il peut ensuite copier le texte dans Idéographix afin de l’analyser à partir de différentes fonctions du logiciel : « affichage du texte sous différentes formes afin d’en faire apparaître sa structure en relation avec des éléments sélectionnés ; déconstruction du texte vers plusieurs formes de listes et de dictionnaires ; recherche des occurrences d’événements linguistiques sélectionnés ; impression d’éléments sous forme d’étiquettes collectives ou individuelles afin de pouvoir les manipuler et les combiner. » [5]
Le travail réalisé lors des leçons de lecture (réactions des élèves, déroulement des séances, etc.) et les documents produits avec Idéographix (dictionnaires, affichage sélectif, recherche d’occurrence, recherche lexicologique) peuvent être conservés soit dans des notes personnelles, soit dans des notes partagées intégrées aux pages, visibles, dans ce cas, par toutes les personnes autorisées à leur accès, soit dans des pages standards (notes écrites ou notes en LSF) ou des pages documents.
Écrire une note personnelle : ► espace de travail ► ajouter une note personnelle ► donner un titre ► écrire le texte. Les notes pourront être intégrées à un classeur si nécessaire.
Écrire une note partagée : ► ouvrir la page concernée ► onglet notes ► ajouter une note ► écrire une note. Chaque note est indexée avec l’identifiant de l’auteur et la date de sa création.
L’enseignant a décidé de ne pas travailler le texte dans sa totalité. Avec les élèves, il a commencé à dégager le fonctionnement narratif du texte, sa structure, les personnages, les lieux, les moments, les reprises anaphoriques utilisées, le niveau de langage, les structures. En s’appuyant sur toutes ces découvertes, il décide de proposer aux élèves une reconstitution de la fin du texte à partir d’un document présentant cette fin en mots silhouettes ou en lettres traits accompagné d’un dictionnaire de cette partie. L’enseignant crée le cadre de cette reconstitution dans une page standard. Dans le premier champ, il copie la fin du texte en utilisant la police silhouette et la police-trait ; dans le deuxième champ, il insère le dictionnaire de cette partie, élaboré à partir d’Idéographix. La page est imprimée pour une recherche individuelle suivie d’une étude en petits groupes. Elle est ensuite projetée pour une mise en commun.
Page documents : ► donner un titre à la page ► choisir le fichier à intégrer (exemple : dictionnaire_ alphabétique_nom_du_texte. rtf) ► commentaires si nécessaire ► choisir par quel(s) groupe(s) le classeur peut être vu ► lier la page au classeur créé.
Afin de consolider les découvertes faites, l’enseignant et les élèves décident de créer une filière d’exercices (une filière correspond à un enchaînement d’exercices portant respectivement sur le texte, sur les phrases et sur les mots) [6]. Une fois la filière créée, en partie avec les élèves, un livret est imprimé en format PDF, une version autocorrective est préparée. Ils sont ensuite insérés dans des pages documents. Ainsi, les élèves pourront s’entraîner soit directement dans Idéographix, soit à partir des livrets autocorrectifs. Le texte a été lu dans son intégralité en collectif par les enfants et l’enseignant. Pour que chaque élève puisse retrouver, dans son espace personnel, sur la plateforme, cet écrit ainsi que le travail produit à partir de ce texte lors des leçons de lecture, et le relire de façon autonome (en classe ou à la maison) en ayant accès, si nécessaire, aux aides existantes, l’enseignant crée une page lire et relire [7].
Page « lire et relire » : ► donner un titre à la page ► saisir le texte ► associer les aides si nécessaire ► choisir par quel(s) groupe(s) le classeur peut être vu ► lier la page au classeur créé.
Les aides des pages « lire et relire » : elles peuvent être associées à un mot, un groupe de mots, une phrase, une expression, un paragraphe. Elles sont de différents types : ► des vidéos (une vidéo pour un mot n’est valable que pour le mot concerné...) ► des illustrations (la banque d’images d’Idéographix a été intégrée à la plateforme ; elle peut être enrichie par tous à condition que les illustrations soient libres de droits [8] ► des définitions écrites (les définitions écrites, par contre, seront valables pour tous les textes de la plateforme ; un mot pourra donc avoir plusieurs définitions et ce sera au lecteur de choisir) ► un texte (il est possible de proposer des extraits d’autres ouvrages ou des commentaires, etc.) ► des liens.
4. Écrire - Réécrire
Le travail sur le texte est terminé, l’enseignant propose aux élèves de s’entraîner à écrire différents textes sur leur espace de la plateforme. Ils pourront en faire plusieurs versions avant de la publier sur la plateforme pour que les autres élèves puissent la lire. Par exemple, il leur demande d’utiliser les choix d’écriture de l’auteur qui nous fait comprendre que ce sont bien des êtres humains qu’il met en scène et non des animaux comme le suggèrent les illustrations.
Écrire un texte : ► écrire ► corriger (un correcteur orthographique est intégré à la plateforme) ► comparer les différentes versions (l’enseignant pourra voir d’une version à l’autre, comment l’élève a écrit : quels mots a-t-il supprimés ? Les a-t-il remplacés par d’autres ? Par une phrase ? À partir de ce nouveau mot, qu’a-t-il changé dans la suite du texte ? etc. L’enseignant pourra aussi remplacer une réécriture [9] du texte de l’élève).
5. Les vidéos, La visioconférence
L’enseignant va pouvoir intégrer une ou plusieurs vidéos, tournées avec une caméra ou une webcam, converties au format .flv, à partir d’un convertisseur externe, dans les différentes pages créées ; leur insertion et leur mise en page sont automatisées.
Plusieurs classes avaient décidé de travailler le même texte. L’enseignant et ses élèves veulent échanger avec une autre classe. Ils vont d’abord aller voir ce que les élèves et leur enseignant de l’autre classe ont inséré dans le classeur (les nouvelles pages, les notes, les vidéos, etc.). Ils vont discuter sur le texte et l’annoter (ils pourront pointer, surligner ou entourer des mots, des groupes de mots, des phrases pour appuyer leur argumentation), débattre autour de leur interprétation en LSF d’un passage du texte et se mettre d’accord sur les illustrations à utiliser dans les aides. Pour cela, ils vont programmer une réunion (jour et heure) et un courriel sera envoyé automatiquement à la classe. Et pourquoi pas aussi une deuxième classe ? C’est possible.
Programmer une visioconférence : ► démarrer une conversation et un échange sur tableau blanc ► se connecter ► choisir mes réunions programmées ► ajouter un événement ► sélectionner la date et le (ou les) participant (s) - un courriel leur sera envoyé automatiquement
La visioconférence : ► choisir la salle de conférence ► entrer et démarrer la visioconférence ► utiliser le tableau blanc
Le tableau blanc : ► partager des documents en PDF (que l’on peut surligner, pointer), des vidéos, des illustrations ► écrire (en direct ou par copier / coller du texte) ► dessiner, tracer des traits, des flèches, des formes géométriques, etc.
6. Autres possibilité
Usage personnel : ► sauvegarder ces documents (textes, images, vidéos, etc.) dans un dossier nominatif en ligne ► gérer ces documents à partir d’un espace de travail personnalisé ►sélectionner des pages favorites ;
Usage collectif : ► accès direct aux pages LSF ► messagerie et messagerie instantanée ►forum ► déposer pour partager toutes sortes de documents, logiciels, etc. ► pour télécharger ceux déposés par d’autres.
Comme on peut le voir à travers cette rapide présentation, le projet Vidéographix a donné naissance à une plateforme qui se veut contributive et évolutive. Contributive puisque que chacun, s’il en fait un espace de travail personnel dans lequel il prend des notes et tient un carnet de bord, peut surtout partager ses pratiques (par écrit et/ou en LSF) et les différents documents qu’il aura créés pour et avec ses élèves. Évolutive parce que, à partir de ses analyses de pratiques de classe (et de son usage), chaque enseignant, engagé dans l’utilisation avec ses élèves de la LSF comme langue de travail pour parler de l’écrit, transforme ses pratiques et participe à l’évolution de la plate - forme en proposant de nouveaux outils créés collectivement.
[1] Objectifs, contenu, configuration et version d’essai sur le site de l’AFL.
[2] A.L. N°78, juin 2002, « Les classes-lecture », Françoise Laurent & Alain Déchamps.
[3] A.L. N°48, décembre 1994, « La leçon de lecture », Jean Foucambert.
[4] A.L. N°46, juin 1994, « Le recouvrement, une autre mise en réseau des textes », Annie Janicot.
[5] A.L. N°74, juin 2001, « Idéographix », Jean Foucambert
[6] A.L. N°86, juin 2004, « Idéographix : la filière », Thierry Opillard.
[7] A.L. N°107, septembre 2009, « Apports et enjeux du module Lecture Inlassable de Texte », Claire-Lise Velten.
[8] A.L. N°77, mars 2002, « Lanque d’images et la sonorisation des textes », Thierry Opillard.
[9] A.L. N°77, mars 2002, « Réécrire pour écrire », Arlette Leroy & Jo Mourey.




