Dossier Apprendre à lire une langue qu’on ne parle pas
« Coëx, les débuts d’un groupe LSF »
Cécile SALMON
Il ne s’agit pas encore d’une véritable utilisation directe de Vidéographix par une classe, mais la présentation des premiers travaux d’un groupe LSF découvrant la Leçon de Lecture [1], en temps limité, malgré les difficultés, dans l’isolement. Sortir de l’ombre, faire reconnaître publiquement l’utilité, la qualité du travail effectué, était une question de survie pour le dispositif bilingue en Vendée. L’échéance du Colloque a lancé le moteur, l’enthousiasme et les progrès rapides ont fourni le carburant. Grâce à Vidéographix nous espérons élargir le « groupe » en travaillant avec d’autres. La plateforme est presque opérationnelle, elle fonctionne déjà. Nous devons persévérer, apprendre en tâtonnant, tester les fonctionnalités, en modifier si besoin, la faire évoluer en fonction des questions qui se poseront dans la pratique. Elle peut devenir une « vitrine » pour l’éducation bilingue : en montrant des résultats, du concret, réalisable. Le travail « prototype » de Laurent Clerc sur « Jojo la mâche » [2] avait permis de montrer ce qu’on pouvait faire avec Vidéographix, les interactions entre la LSF et l’écrit, mais ces vidéos étaient trop « parfaites », d’une qualité impossible à égaler dans des conditions réelles. Le travail présenté ici s’en inspire modestement mais il est réaliste. Il concerne les apprentissages effectués à partir des textes « Le loup » [3] et « La course » [4]. Tous les documents, vidéos et aides pédagogiques sont maintenant visibles sur Vidéographix, dans les classeurs.
« Le loup » : un projet. Pour ces premières séances d’apprentissage, nous avions élaboré une sorte de programme avec des pistes de travail, des propositions, une démarche somme toute directive, excluant toute véritable initiative des enfants. Finalement, nous avons mis en œuvre un projet d’interprétation du texte par les enfants, pour lire aux plus petits, ou aux parents. Cette situation de production a déclenché une vraie réflexion sur le découpage du texte, sur les expressions et surtout sur la LSF : construction des phrases, humour (actions « humaines » par un animal). Les exigences du travail vidéo, avec le possible retour sur son travail avec Vidéographix, ont fait évoluer les comportements et les compétences : rigueur nécessaire, mémorisation, réflexion sur la LSF (lexique et syntaxe), prise de conscience de son expression, possibilité de refaire. Aujourd’hui, la plus jeune élève du groupe peut reprendre seule le texte grâce à la fonction Lire et relire et travailler maintenant sur les cahiers d’exercices niveau CP. Lorsqu’elle était en GS, elle participait peu, signait maladroitement et n’avait que quelques repères dans le texte, sur les phrases simples qu’elle avait à interpréter ; aujourd’hui, elle mesure pleinement ce qu’elle a appris depuis et peut s’attaquer à la production de son propre texte.
« La course » : une démarche de recherche. Pour éviter de retomber dans la directivité, la progression des recherches a été basée uniquement sur les réflexions des élèves, notées par l’adulte. La prise de notes n’est pas un gadget ; au début c’est une contrainte, une habitude difficile à prendre, mais ce sont les notes qui vont transformer les élèves en chercheurs ; leurs remarques numérotées, puis classées, se transforment en objets de recherches dans le texte. Chercher des réponses à leurs propres questions, amène les enfants à explorer le texte de façon très active, ce qui entraîne d’autres observations... à leur tour objets de recherche...
Approche contrastive des deux langages : LSF et français écrit. La LSF étant la langue de travail, de réflexion, celle qui permet de parler du texte, elle constitue aussi un objet de recherche permanent ; l’approche contrastive commence dès la première interprétation en LSF. Puis, c’est de façon naturelle, en parlant du texte que la LSF va se développer comme la langue orale pour les Entendants ; mais les différences de structures entre les langues amènent très tôt les enfants Sourds à prendre conscience des éléments de grammaire. En LSF, c’est l’occasion de reprendre les vidéos ; on peut les modifier, ajouter ce qu’on a appris, pour le partager avec les autres classes. En Français, à partir des affichages, on va pouvoir trier les mots retenus (édités en étiquettes [5] avec Idéographix [6] ou le module étiquettes [7]) et constituer des listes pour commencer un classeur d’outils d’écriture. C’est à partir de tous ces éléments que sont élaborés les exercices sur écran ou en version papier.
Depuis le colloque, ce travail continue avec une élève de CP, seule. Mais elle a maintenant : du temps pour travailler, un regroupement hebdomadaire avec le groupe LSF de cycle1, un Cahier des écrits qui circule entre l’école et la maison ; elle peut montrer ce qu’elle sait faire... et apprendre la LSF à ses parents. ; chaque semaine, c’est elle qui choisit à la BCD un livre à emporter, elle prépare sa présentation au groupe de Moyenne Section, ainsi qu’un retour sur le livre précédent ; la Production d’écrits a commencé, à propos et à partir des livres... avec l’espoir d’intéresser les « correspondants ». Elle attend qu’on la rejoigne [8], venez découvrir son travail, sur Vidéographix, bien sûr !
[1] La leçon de lecture, Jean Foucambert, (A.L.n°48, déc. 1994).
[2] Sur quels supports apprendre à lire ?, Yvanne Chenouf (A.L.n°111, sept. 2010).
[3] Le loup de Martin Liber / illustrations : Jenny Millot (AFL - épuisé).
[4] La course de Béatrice Tanaka / illustrations : Michel Gay (Kaléidoscope)
[5] La lettre d’Idéographix : qui pratique Idéo n°6.1 - mai 2012.
[6] Objectifs, contenu, configuration et version d’essai d’Idéographix sur le site de l’AFL.
[7] Le module étiquettes et affiches de l’AFL.
[8] Demandez à être inscrits dans le groupe « trav collectif 2013-2014 »
