Dossier L’habitat, SON habitat... le comprendre, l’investir, y agir... l’habiter !

« Journal de l’habiter, projet de journal de quartier construit et rédigé par les collégiens »

LIHP

Un journal ? Quel journal ?

L’élève au collège n’a pas souvent les moyens de rencontrer, de vérifier, de comparer, d’élargir l’information qui devrait être ou lui est apportée pour une grande part par les lectures et donc de théoriser, de construire des points de vue, de mener des analyses critiques. Il a souvent une relation très conflictuelle avec l’écrit et, donc, des difficultés de lecture et d‘écriture.

Les collégiens ont une manière bien à eux d’appréhender l’espace urbain, ils sont tout à la fois au sortir de l’enfance et pas encore considérés comme adultes. Les adolescents ont un statut à part dans la vie locale. De plus, le collège est souvent le temps de leurs premières déambulations individuelles ou collectives sans adulte, c’est un temps d’expérimentation et de lecture de l’espace.

Le collège ancré dans le quartier, parfois point de ralliement entre les collégiens, parfois endroit répulsif est un lieu à part porteur d’une dimension locale forte. Le temps du collège est encore un temps de scolarité obligatoire, il construit un lien avec les parents du quartier, la vie de la cité.

1. Un constat 

Dans de nombreux collèges, depuis plusieurs années, des actions en faveur de la lecture sont proposées. À travers des expériences plus ou moins fructueuses, nous avons pu effectuer des constatations (constatations que nous ne sommes d’ailleurs ni les premiers ni les seuls à faire) :

► les collégiens ont en général une maîtrise insuffisante dans le domaine de l’écrit pour pouvoir profiter pleinement de leur scolarité ;

► les collégiens n’arrivent pas à développer un esprit critique, à développer des points de vue ;

les collèges sont des lieux sous estimés dans la vie locale et dans le lien avec le quartier et les collégiens n’ont pas un statut reconnu dans la cité.

► les collégiens ont souvent une pratique diversifiée de la ville et offrent un regard particulier sur l’habiter ; donc un regard sur le futur.

► leurs déambulations sont souvent associées à un désoeuvrement et ne sont jamais considérées comme une ressource.

le programme des classes de 6° a expressément dans les programmes comme thème transversal la question de l’habiter.

2. Le projet 

Suite à ces constats, il a été convenu de créer un journal de collège et de quartier, écrit, lu et débattu par les collégiens et au-delà par les professeurs, le personnel du collège, les partenaires du collège (mairie, etc.) et les habitants du quartier. Ce journal nous l’avons appelé Journal de l’Habiter.

2.1. Finalité

L’existence d’un journal, créé par et destiné à des collégiens et à des adultes, doit permettre de susciter la création d’un dispositif de débat et la rencontre avec une fonction essentielle de l’écrit « bien avant que d’être un moyen de communication ou d’expression, l’écrit, comme tout langage, permet d’effectuer, sur le monde, un certain nombre d’opérations qu’on ne peut faire qu’avec lui. Pour découvrir la fonction spécifique de l’écrit, il faut que le texte propose un regard, un point de vue sur une réalité, par ailleurs effectivement rencontrée et vécue. Et là, l’origine de l’écrit présenté, la réalité qu’il transpose, le regard qu’il propose et le lecteur qu’il prévoit, jouent un rôle déterminant dans la compréhension de la fonction spécifique de l’écrit en général. » (AFL 2012)

La ville, la vie de quartier composent une réalité vécue devant alimenter ce type de recours à l’écrit. C’est à travers le concret de leur vie urbaine que les élèves réussiront à s’impliquer intellectuellement et physiquement dans ce projet.

2.2. Objectifs Généraux  

► faire du CDI (centre de documentation et d’information) un lieu productif central dans les collèges ;

► permettre aux collégiens l’appropriation des fonctions de l’écrit et des raisons d’utiliser ces fonctions autant dans leur vie de collégiens que dans leur vie présente de citoyens et d’habitants ;

► promouvoir des liens de collège et de quartier autour de l’écrit, considéré comme outil pour comprendre ce que l’on vit ;

► permettre aux collégiens d’être acteurs dans la cité et d’acquérir ainsi un statut reconnu ;

► promouvoir également un lien local entre les collèges et les écoles par le biais de la liaison 6°/CM2 ;

► permettre une réflexion, une théorisation, une analyse critique, une élaboration de points de vue sur ce qui se vit dans le quartier et dans la ville (les associations, les activités culturelles, les déambulations, les espaces etc.) pour tous (élèves, parents, associations, habitants du quartier...) ;

► permettre de développer une réflexion locale qui interroge sur l’habiter en général, sur le sens d’expressions telles qu’habiter un quartier, une ville...

2.3. Fonctionnement

Un comité de pilotage doit être créé dans chaque collège. Il pourra être composé du principal du collège ou du principal adjoint, du coordinateur de l’AFL et de celui du LIHP, de professeurs, d’élèves, de représentants d’associations locales, etc. Ce comité aura comme mission 1/ d’organiser en amont et en aval un travail de lecture sur le quartier avec le concours d’élus, d’urbanistes, d’architectes, d’associations de locataires... 2/ de garantir la naissance à son tour d’un premier numéro du journal sur le collège et de la mise en place des conditions nécessaires à la poursuite du projet dans le temps.

Pourquoi l’Association Française pour la Lecture ?

L’Association Française pour la Lecture est depuis 1967 agréée « association éducative complémentaire de l’enseignement public ». Reconnue comme mouvement pédagogique, elle fait converger ses efforts vers l’élévation du rapport à l’écrit dans l’ensemble du corps social, école comprise.

Elle est à l’origine des cycles, des BCD (Bibliothèque Centre Documentaire), des classes lecture et des villes lecture. Elle organise des formations de formateurs aussi bien dans le cadre de l’éducation nationale que celui des collectivités territoriales ou des entreprises.

Pourquoi le Laboratoire International pour l’Habitat Populaire ?

Le Laboratoire International pour l’Habitat Populaire a été créé en 2008 par des personnes (architectes, chercheurs, élus, habitants...) conscients de l’élargissement de la crise de la production de l’habitat populaire et soucieux de mettre en commun leurs expériences et leurs réflexions. Progressivement, à partir d’analyses renouvelées car engagées de la crise et à partir d’expériences dans des sites très différents, le LIHP a élaboré un ensemble d’hypothèses de ses actions. Et tout particulièrement d’une démarche générale de recherche ne dissociant pas les questions d’aménagement et de constructions de la fondation de nouvelles manières d’habiter.

D’où l’importance des citoyens comme acteurs décisifs ; et donc des questions de formation pour l’ensemble des acteurs : par conséquent des adolescents/collégiens dans leurs établissements, leurs quartiers, leurs villes...

Les associations devront :

► préparer les réunions de présentation du projet en coordination avec le principal et le principal adjoint et participer au comité de pilotage (voir ci-dessus) ;

► animer le travail avec les collégiens et les autres adultes lors de la réalisation des différents numéros des journaux ;

► préparer des documents de support pour l’analyse de leur quartier par les enfants ;

► recenser des besoins logistiques qui remontent des groupes de travail ainsi que du comité de pilotage ;

► diffuser des analyses de cette démarche expérimentale.

2.4. Programmation

Ce projet ambitieux ne se cantonnera pas à la création d’un journal uniquement à l’échelle du collège. Le journal sera un support pédagogique pour les équipes scolaires autant qu’un outil de démocratie à l’échelle du quartier.

Il s’agira, grâce à lui, de s’interroger sur l’habiter, sur la ville en général à travers l’exemple de la vie locale. Au cours de la seconde moitié du premier trimestre, dans 3 des collèges engagés, une classe de 6ème entrera en stage banalisé pendant une semaine entière afin de produire un numéro du Journal de l’habiter ; idem pour les 3 autres collèges au second trimestre. Au troisième trimestre, chacune des 6 classes sera à nouveau en stage banalisé d’une semaine et produira un second numéro du journal. Donc, au total des 6 collèges et pour l’année scolaire 2014/2015, 6 classes de 6ème auront pu se consacrer à la production de 2 numéros du « Journal de l’habiter ». Donc 12 numéros auront été diffusés dans et autour de l’ensemble des collèges associés.

Une classe de 6ème en stage pendant une semaine fonctionnera avec l’appui du responsable du CDI et de membres du personnel (administration, vie scolaire, agents techniques, etc.), avec le concours des professeurs pendant les heures au cours desquelles les élèves auraient travaillé avec eux s’ils n’avaient pas été en stage, avec l’intervention à temps plein d’un animateur recruté par le LIHP, avec une personne responsable de l’AFL ainsi qu’avec la participation ponctuelle d’acteurs de la vie du quartier (parents, vie associative, élus, urbanistes, etc.). Au cours de la première moitié des deux premiers trimestres, et afin de préparer le stage qui aura lieu dans la seconde moitié du même trimestre, un animateur travaillera 2 semaines avec des acteurs du quartier et l’équipe du collège.

2.5. Évaluation

Des bilans seront effectués et analysés à l’issue du second trimestre (réalisation des premiers journaux) et en fin d’année scolaire. Ils seront diffusés à l’ensemble des partenaires.

TEXTE FONDATEUR DU LIHP

Durant plusieurs années, différents groupes d’acteurs du champ de l’habitat ont échangé, à partir de leurs expériences et de leurs réflexions, sur la question de l’Habitat Populaire, entendu comme étant l’habitat du plus grand nombre. Ce faisant, ils ont constaté, qu’au-delà de leurs situations géographiques, ils rencontraient des obstacles similaires et partageaient les mêmes objectifs.

Pour examiner ensemble la possibilité d’actions communes ils ont organisé un séminaire international à Medellin (Colombie), en octobre 2008 pour fonder le Laboratoire International pour l’Habitat Populaire.

Le présent texte est le produit de collaborations et de réflexions menées dans un cadre international par des élus, des habitants, des architectes, des enseignants et chercheurs, ayant en commun une certaine expérience de l’innovation et la volonté de rechercher les conditions et moyens de mise en œuvre d’un aménagement urbain et une architecture capable de répondre aux besoins de la majorité de la population.

LA CRISE DE L’HABITAT POPULAIRE

Alors que dominent et sont valorisés un certain urbanisme et une architecture plus enclins à produire des objets prestigieux (musées, théâtres, stades, hôtels, bâtiments publics d’exception...) s’approfondit et s’étend la crise de la production de l’habitat populaire : les réalisations ne cessent de prendre du retard sur les besoins et une fraction importante de la population continue à vivre dans des conditions d’habitat indignes. Cette crise est celle d’une conception et d’un système d’ensemble plus que d’échecs ou de défaillances d’un élément particulier et isolé.

Elle est nourrie par la priorité donnée aux moyens techniques disponibles, aux impératifs de délais et de rendements, aux financements qui conduisent à la duplication de modèles jamais contestés, censés répondre aux besoins d’individus indifférenciés sans volonté d’agir sur leurs cadres de vie.

Cette crise s’accompagne de la disqualification de la production du passé comme objet de réflexion.

Les universités, soumises aux mêmes conditions que les autres acteurs, produisent difficilement l’indispensable réflexion sur les liens entre présent et passé, proche et lointain, familier et inattendu.

Enfin, le désengagement ou l’engagement insuffisant des pouvoirs publics entraîne le déplacement des lieux de pouvoir des institutions politiques aux sociétés de BTP qui, cumulant de fait les fonctions de maître d’oeuvre et de maître d’ouvrage, occupent des positions de force.

Certes, des besoins s’expriment et des efforts existent à tous les niveaux, mais les tentatives les plus lucides souffrent de leur isolement, de leur manque de recul et du cadre qui les contraint. Tout semble se poser comme si un ensemble de représentations, de conditions et d’impératifs – incontestables parce que perçus comme fatals – s’imposaient à tous. Pendant ce temps l’ensemble de la situation se dégrade et les besoins ne cessent de s’amplifier.

Fonder une entreprise de dynamisation progressiste de la conception du système de production de l’habitat populaire est un impératif pour tous ceux qui ont à s’investir dans ce champ. C’est à partir de cette exigence qu’a été fondé le Laboratoire International pour l’Habitat Populaire.

LE LABORATOIRE INTERNATIONAL POUR L’HABITAT POPULAIRE

Le Laboratoire International est l’outil d’une démarche de transformation, pour la dynamisation radicale du système de production de l’habitat populaire et ce, à partir d’une analyse renouvelée et permanente des situations.

Il se caractérise par son ambition, les missions et les fonctions qu’il se donne, son organisation et la dynamique qu’il s’efforce d’animer.

S’apparentant à un établissement « sans les murs », à un réseau et à un ensemble de réseaux, ne proposant ni modèles, ni expertises savantes, le LIHP se veut un outil rigoureux et cohérent dans sa démarche et dans ses principes d’intervention, ouvert et décentralisé dans la conduite de ses activités du fait de la diversité des contextes et des projets.

SES MISSIONS

• Une approche globale des situations pour faire face à une faillite globale de l’ensemble du système de production.
• L’impératif d’une rupture conceptuelle aidant à prendre le temps du recul et inversement, là où l’implication et l’urgence invitent aux réactions immédiates.
• Le primat de la pratique et de l’expérimentation. C’est seulement là où les problèmes sont posés que des solutions peuvent être inventées. La conception même du Laboratoire, les outils qu’il contribuera à élaborer ne progresseront qu’en conjuguant hypothèses, expérimentations, évaluations et théorisations.
• Le rôle structurant du politique, le concours engagé et qualifié des acteurs et la mobilisation des citoyens. Indispensables pour que chaque question soit étudiée en intégrant les différents points de vues.
• La dimension internationale, qui permet l’élargissement des champs d’expérimentation, une implication ouverte de compétences et de réflexions, l’élargissement et le renouvellement des interrogations du fait de la diversité des contextes et des préoccupations.

SON FONCTIONNEMENT

• Garant d’une démarche novatrice fondée sur l’expérience, Promoteur et partenaire d’une dynamique de recherche, il devra porter l’exigence d’expérimentation, condition de toute élaboration alternative.
• Instance de résolution des résistances et des contradictions liées au caractère radical de la démarche proposée, à l’exigence de mise en place d’un processus rigoureux de vérification des hypothèses, à la nécessité de l’évaluation, à l’ambition de décloisonner et de croiser des savoirs, s’il lui appartiendra d’identifier, de formaliser et de se consacrer au dénouement créatif de ces multiples tensions.
• Source de production de savoirs (outils, concepts, démarches) et de communication. Les avancées et les savoirs construits seront à formaliser et à organiser pour être diffusés à tous les acteurs des projets. Non comme des acquis immédiatement transférables, mais comme des outils nés dans des contextes donnés face à des problèmes particuliers : donc à interpréter. Le Laboratoire construira une mémoire accessible et ouverte. Ces missions appellent la constitution de trois pôles de recherches étroitement et fonctionnellement liés.

« Journal de l’habiter, projet de journal de quartier construit et rédigé par les collégiens »