Editorial

« L’AFL, une adhésion au sens ! »

Nicola PLEE

Ce mois-ci, l’application Elsa se voit enrichie non seulement de deux exercices complémentaires des quatre premiers, mais aussi de pistes de compréhension du fonctionnement de l’entraînement, objectifs et intentions. Ainsi, progressivement, la plateforme entre en cohérence avec la recherche et la démarche militante de l’AFL : qu’il soit possible pour chacun d’être lecteur en compréhension, pas seulement du document qu’il lui appartient de lire, mais de son statut dans le monde. (Cf. le dossier de ce numéro p.40)

Pas nouveau à l’AFL depuis 1976.

Et pourtant, nantie de son histoire, l’Association Française pour la Lecture s’affirme aujourd’hui comme innovante, se réclamant très ouvertement de ce qui la positionne dans le monde éducatif social populaire.

Renouveau à plusieurs litres en 2016.

Parce que : les actions de l’AFL n’entrent pas dans le champ des services supplétifs face aux choix ou échecs de l’état. « Dans la plupart des secteurs ; les associations reconnues d’intérêt public pallient la défaillance de l’état. » [1]

Une association d’éducation populaire a le choix de tenir un discours d’aide et de soutien face aux absences institutionnelles, et, en toute allégeance au système, de se préoccuper (animer ? soutenir ?) d’une population d’enfants dans les espaces horaires et locaux libérés par l’école, rassurant ainsi les familles sur l’entretien culturel de la jeunesse. Ce qui ne veut pas dire que les efforts dans les PEDT ne soient pas de qualité ; c’est le sens du PEDT lui-même qui est à questionner.

Ce qui fédère l’activité de l’AFL, c’est moins la satisfaction des besoins propres à une catégorie d’acteurs que la recherche d’effets positifs qui concernent la collectivité au-delà des destinataires directs de la production.

Parce que : les médias et réseaux sociaux envoient des échos nombreux de mouvements de regroupements, alors, le sentiment d’appartenance à un collectif par compassion, émotion ou consommation entretient l’illusion d’un engagement collaboratif durablement fondé. Quand on utilise tous des téléphones cellulaires, quand on pousse les caddies, quand les fleurs et les bougies du drame envahissent les places et que la marche du souvenir déplace le monde, comment ne pas confondre regroupement d’instantanés et association de longue durée au point que l’enjeu perd en netteté, que la présence au combat se fait discrète, voire inexistante ? Une présence absente en quelque sorte.

Alors, des raisons d’adhérer à l’AFL. ?

Certes, si cette adhésion est en compréhension avec la spécificité de l’association qui doit sans doute l’afficher plus fort : non pas favoriser le salut individuel mais faire œuvre de transformation sociale. Faire évoluer, par la recherche et son action, les cadres institutionnels. S’appuyer sur des pratiques qui interpellent les politiques publiques, lire l’article de Dominique Sailour : « Un petit peu d’AFL. à l’ESPE » p. 14), ouvrir les débats qui approfondissent l’évaluation des enjeux, l’implication de l’AFL au regard des régulations publiques, s’allier avec des forces qui partagent nos finalités. Ainsi, très précisément, sur le rôle de la lecture quand il s’agit d’extraire, dès l’apprentissage, et, continûment, la compréhension des productions dans le monde, particulièrement chercher sens aux écrits, plutôt que promouvoir une démarche alphabétique qui traduirait la langue orale, imposant le recours dépendant à des interprètes, fussent-ils des robots. Il est urgent de ne pas se méprendre sur les moyens mis en œuvre dans les dispositifs scolaires. Les déclarations officielles publiques des ministères de l’Education, de la Jeunesse et Sports, de la Ville, etc., indiquent la préoccupation du bien-être de la société, particulièrement de la jeunesse, de son instruction, de son éducation, de son avenir. Avec le vœu d’y mettre les moyens des technologies nouvelles tel que le numérique en ouvre la perspective... et l’illusion, si l’usage de la tablette est plié au service du même dictât : confondre l’oral et l’écrit [2]. Eviter la rencontre avec l’écrit, faire comme s’il ne s’agissait que de connaître l’aventure et l’histoire (lire l’extrait de jean Ricardou, «  La lecture comme troc » ainsi que le texte d’Yvanne Chenouf, « L’écriture, quelle aventure ! », p. 12), et non l’écriture.

Si l’AFL poursuit sa recherche avec la mise en ligne de l’application Elsa, si elle a décidé d’en offrir une licence à chaque enseignant dans le monde, ce n’est pas pour habiller de numérique sa politique. C’est pour faire partager au monde l’idée que la transformation sociale ne saura se passer de lecteurs experts qui s’emparent du pouvoir de lire. Cette expertise est à la portée de chacun pour peu qu’il rencontre, et qu’on lui donne, les moyens de s’y entraîner. Ce à quoi l’AFL s’emploie.

« L’AFL, une adhésion au sens ! »

[1Rapport 2014 de l’Assemblée Nationale et l’enquête sur les associations www.association5.gouv.fr/10744-remise-du-rapport-de-l-assemblee.html. Le rapport rappelle, en chiffres, la place des associations dans la vie économique et sociale de notre pays. Avec environ 1,3 million d’associations et quelque 16 millions de bénévoles, le secteur associatif gère un budget total de 85 milliards d’euros (3,2% du PIB), recense 1,8 million d’emplois et représente une masse salariale de 37 milliards d’euros. Les associations comptent pour 10% du total des emplois du secteur privé ! C’est dire leur importance pour notre économie, au moment où la France recense, toutes catégories confondues, plus de cinq millions de demandeurs d’emploi.

[2Lire Écrire dans une classe de CM, Thierry OPILLARD, AL. N° 134, p.54.