Dossier La lecture, l’affaire de tous ?!

« Profitons de ces deux exemples »

Jean FOUCAMBERT

La participation à ce 14è congrès d’acteurs impliqués au quotidien dans des instances culturelles et éducatives locales a fait ressentir combien il importait de mutualiser l’analyse et l’évaluation des opérations dans lesquelles chacun était engagé afin de les diversifier et de les approfondir. On rejoint là une intention qui, autour des terrains expérimentaux de l’INRP, avait, voici plus de trente ans, présidé à la création de l’AFL. Dans les années 70, il s’agissait, en effet, pour l’école primaire de se transformer radicalement afin de permettre à tous les enfants d’entrer avec succès dans l’enseignement secondaire. Aujourd’hui, on peut espérer que, derrière la réforme des rythmes scolaires et la mise en place de projets éducatifs territoriaux, il est possible d’imposer une réelle complémentarité des temps éducatifs.

L’AFL a toujours affirmé la nécessité, en matière de rapports à l’écrit, de déscolariser et de débibliothécariser la chose, en clair de se donner les moyens d’en faire un apprentissage social immergeant tout apprenti dans les usages exigeants que la collectivité en fait pour penser ses évolutions. Avouons que ces formules n’ont pas toujours rencontré la compréhension qu’elles méritaient. Loin d’y voir une dépossession de l’école et de la bibliothèque, il s’agissait au contraire de leur confier l’enseignement des recours experts à un langage qui, comme tout autre langage, s’apprend seulement à travers son usage social, c’est-à-dire à travers le besoin que l’individu en a dans la réalité de son statut actuel, de son implication présente et de son pouvoir effectif dans la vie collective de son environnement.

Les raisons de lire ne relèvent ni de l’école ni de la bibliothèque ; en revanche, les investissements techniques nécessaires à leur satisfaction sont du domaine irremplaçable de l’enseignement, à l’école, à la BCD, à la bibliothèque... On n’est pas complètement revenu des pratiques d’alphabétisation de l’école primaire qui − à la différence des petites classes des lycées par où se reproduisaient les classes dominantes − feignaient de voir dans l’écrit un simple codage du langage oral et non un outil de pensée autonome, instrument spécifique de la raison graphique, langage n’ayant pas plus de correspondances fonctionnelles avec l’oral que la peinture n’en a avec la musique !

Dans ce contexte, l’AFL a décidé, lors de l’assemblée générale qui a suivi ses journées d’étude de Mouans-Sartoux, de donner priorité, pour les 2 ans à venir, aux expérimentations, aux recherches et aux publications relatives à l’indispensable isomorphisme entre ce que l’apprentissage social met en place et ce que l’enseignement prend en charge pour le rendre expert. Aussi, pour commencer, engageons-nous à ne plus employer le terme péri-éducatif qui, par confusion avec le périscolaire, alimente la fâcheuse croyance d’un dedans et d’un autour...

« Profitons de ces deux exemples »