Éditorial
« Des athlètes dans leur tête »
AFL
Ce projet est porté par l’AFL depuis la fin de 2017. Le dossier présenté dans ce numéro rend compte d’un travail qu’elle a engagé auprès de collégiens.
L’action se développe avec les associations populaires, culturelles et sportives des communes de Plaine Commune où se dérouleront les J.O. de 2024. Nous pensons que seront nombreuses, à cette date, les municipalités qui se seront organisées afin que leurs habitants ne soient pas enfermés dans un rôle de spectateurs d’un événement médiatique, publicitaire et commercial mais, au contraire, se seront préparées à développer collectivement une analyse citoyenne de ce qu’ils vivront ensemble.
Ainsi, entre le 26 juillet et le 11 août 2024, des adolescents, des acteurs du monde associatif et des professionnels pourront suivre, dans un rôle de journalistes, les différents moments qui feront le quotidien de l’événement sportif – qu’il s’agisse de la tenue des différentes épreuves, de la description de ces disciplines, de l’observation des points de vue que les medias officiels adopteront pour en rendre compte, de l’effet commercial, politique et culturel attendu, etc. – et auront à les mettre en relation avec le ressenti des habitants : bref, de profiter de cette occasion internationale unique pour développer des regards lucides, contradictoires et citoyens.
Il s’agira, pour ces jeunes, de prendre du recul par rapport à un événement en même temps qu’ils le vivront et d’en rendre compte publiquement en s’appuyant sur les instances techniques locales : organes de presse (journaux quotidiens sous leur formes écrites, radiophoniques, télévisuelles...), débats, conférences, analyses des gestes techniques par les sportifs locaux, écriture d’éditoriaux et de billets d’humeurs, etc. En quelque sorte, profiter des vacances 2024 pour exercer ‘en vrai’ – sous le regard et avec le concours de tous – ce à quoi un système éducatif est censé préparer, mais non en imitant la manière de ceux qui s’approprient le droit de « penser et de dire » pour les autres mais, au contraire, pour inventer en situation, sur le tas, d’autres regards, d’autres points de vue, d’autres langages...
Si ce premier domaine permet de recourir à différents langages en tant que technologies de l’intellect au service d’une production publique, un second domaine se propose de tirer le meilleur profit du plurilinguisme qui enrichit le 93. Les adolescents connaissant dans leur famille une ou plusieurs autres langues pourront les utiliser au moment des J.O. au moins dans 3 directions : 1) Faire parvenir une sélection des « objets » résultant de leur travail dans le 93 mais transposée dans leur langue familiale – afghan, araméen, créole, thaï, catalan, bambara, chinois, arabe, moldave, wolof, tamoul, croate, etc. – afin d’être accessible sur des télévisions, des radios, des journaux, des réseaux dans leur pays d’origine... 2) Recevoir en retour une sélection de ce que les destinataires se disent là-bas à propos des J.O. ainsi que les réactions à ce qui leur parvient du 93 afin de rendre tout cela accessible à leur environnement vivant en France... 3) Confronter la spécificité des points de vue provenant des différents pays impliqués et les analyser avec des spécialistes du 93 pour comparer ces réactions émises dans des langues différentes à propos d’un même événement. En quelque sorte, utiliser collectivement ce plurilinguisme pour en découvrir la richesse créée par sa diversité...
Afin que cette entreprise réussisse en 2024, beaucoup de savoir-faire devront avoir été acquis au cours des 4 prochaines années dans et par les différentes structures partenaires à l’échelon communal ou intercommunal : ► Le principe général du premier domaine (utiliser les outils d’observation, d’analyse et de communication d’événements réels) suppose que les adolescents s’entraînent à maîtriser des compétences techniques avec les professionnels de terrain et que ces derniers apprennent à associer les jeunes d’aujourd’hui – qui auront le moment venu quatre ans de plus – comme partenaires d’une situation concrète d’apprentissage. ► Le principe général du second domaine portant sur le plurilinguisme repose sur l’implication des familles migrantes afin que la vie sociale du 93 participe du réseau international des pays d’origine dont ses citoyens proviennent.
Il est bien évident que la réussite d’un projet tel que Des athlètes dans leur tête repose sur l’engagement de tous les partenaires qui collaborent déjà à la vie démocratique de chaque commune. Ce ne sont donc pas des acteurs juxtaposés qui s’engagent mais un territoire qui s’implique dans une action suivie et partage les objectifs d’une Éducation populaire afin que tous les habitants prennent toujours mieux en main ce qui définit leur citoyenneté. Tous les professionnels et les jeunes sont déjà présents mais ont du mal à converger sur un projet global.
Il semble alors important pour trouver de nouveaux partenaires sur le terrain – entraîneurs des différentes disciplines sportives, producteurs d’informations et de biens culturels, correspondants des medias locaux et étrangers, etc. –, d’une part de les chercher parmi ceux qui souhaitent renouveler ce qu’ils font en l’inscrivant dans une action collective et, d’autre part, qui prennent conscience de la nécessité d’une entrée politique, au sens premier du terme, c’est-à-dire d’évolution d’une autre gestion de la cité.
L’année 2020 occupe alors une place particulière dans cette préparation de 2024 puisque des J.O. d’été s’y tiendront du 24 juillet au 9 août. Ce serait l’occasion de recenser en situation tout ce qu’il va être nécessaire de savoir faire afin que des adolescents construisent et transmettent, en lien avec les ressources techniques de leur environnement, des points de vue (sportifs, culturels, sociologiques, citoyens, etc.) sur la manifestation internationale dans laquelle ils seront plongés.
Sans reprendre le détail des 2 domaines évoqués précédemment (produire les articles d’une presse écrite quotidienne ; réaliser des séquences radio et télé diffusées sur des chaînes publiques ; communiquer dans leurs langues nationales avec les pays d’où proviennent les familles immigrées), il restera ensuite quatre années pour développer les savoirs nécessaires en les exerçant avec les éducateurs qui agissent déjà dans leur environnement.