Article
« La BCD Des fictions pour construire sa réalité »
Robert CARON
Au Centre Paris Lecture, créé en 1991 [1], une politique de formation a vu le jour en 2001 qui a consisté à penser la Bibliothèque Centre Documentaire et le Centre de Loisirs (implanté dans l’école) comme maillon entre le milieu social et le milieu scolaire. Ouverture sur la société, ses espaces de production et de réparation, ses lieux de mémoire et d’invention et surtout sa jeunesse comme puissance réflexive et force de propositions. La formation des 660 animateurs et animatrices s’est essentiellement reposée sur l’écrit et, si la littérature de jeunesse a représenté un corpus conséquent, elle n’a pas été le seul support. Les écrits « ordinaires » ont tenu une grande place à savoir les listes, les tableaux, les schémas toutes ces formes d’organisation de la pensée qu’a décrits Jack Goody dans La Raison graphique mais aussi les écrits que les « gens » (les enfants, les animateurs) ont posé sur leur vie (pensées, réactions, propositions...) et qui ont nourri 5000 numéros du journal « Le Point du Jour ». Ici, Robert Caron revient sur un des fers de lance de la formation dispensée, pas seulement les discours théoriques ou les bonnes idées pratiques, mais l’activité réflexive que tout professionnel (animateur ou garagiste) doit apporter à sa pratique pour l’organiser, la fortifier, la partager. Et quoi de mieux que la fiction pour suspendre l’action et mieux s’y reconnecter...
Le cadre
Au Centre Paris Lecture, la formation des animateurs BCD dure 5 semaines. Et il faut bien ça pour aider les participants à inventer un métier qui ne serait pas celui d’animateur, ni celui d’enseignant, de bibliothécaire, de bénévole de « Lire et faire Lire » et encore moins celui de parent. On peut même avouer que certains n’y arrivent pas et d’autres un peu mieux. Il faut aussi avouer que chacun va se trouver « affecté » (c’est le cas de le dire !) dans une école qui a son fonctionnement, ses rites et... ses contraintes. Il faut enfin avouer que la hiérarchie qui les « accompagne » n’a pas toujours le même niveau d’information sur ce que doit être cet « Espace Lecture ». Bref, le contenu est d’une grande complexité pour eux et l’environnement dans lequel ils vont agir ne sera pas des plus facilitants. Malgré ce handicap, l’équipe de formatrices(eurs) ne lâche pas. Cette formation s’appuie sur l’alternance entre actions de « terrain » pendant une semaine, puis retour au centre pour analyse collective, réajustements, demandes d’apports et nouveau départ pour une semaine « terrain » suivi encore une fois d’une semaine en Centre. Le stage se termine sur un travail de rédaction, pour chacun et avec les autres, de son propre projet « d’Espace Lecture ».
Arrive un moment où il s’agit de concevoir (et écrire) la conception qu’on a de cette BCD. Indépendamment d’une liste d’activités possible, il s’agit de donner « une personnalité », une « fonction particulière » à ce Service Général. Il y a donc une séance de travail où nous leur proposons des « textes de fictions » divers qui seraient autant de « témoignages » d’enfants vivant dans ce genre de lieu. Il s’agit de fictions mais qui renvoient à des options de vie que cet endroit pourrait offrir à des enfants. Les animateurs en formation sont invités, en petites équipes, à trier, classer ces textes et à négocier celui (un ou deux) qui correspondrai(en)t le mieux à leur idée d’une « BCD idéale » et à sélectionner aussi celui (un ou deux) qui seraient considéré(s) comme à l’opposé [2]. Et le tout, bien sûr en argumentant les choix et les écarts. Ce temps permet de faire émerger une synthèse de l’appropriation dont sont capables les participants. Il est aussi un indicateur, pour les encadrants, des axes et idées qui ont été retenus mais aussi de ceux qui n’ont pas été agrippés par les animateurs.
Initiative ?
On ne sait pas qui a décidé, mais maintenant on a une heure de plus pour nous chaque jour. Avec des copains dans la cour, on s’est dit que cela allait donner davantage de travail aux animateurs. On est allés les voir, très polis, et on leur a dit qu’on voulait bien s’occuper du programme de ces nouveaux ateliers. Ils nous ont répondu : « Pourquoi pas ! Faites des propositions ». C’est ce qu’on a fait. Maintenant, on s’occupe des affichages, des boites à idées nouvelles, des inscriptions et même des informations aux parents. On va essayer de négocier pour avoir deux heures au lieu d’une. Mais on ne sait pas avec qui.
Mieux avant ?
Zoé en maternelle est allée voir les grands. Elle voulait un atelier « Mieux avant ». On ne comprenait pas. Elle nous a dit que sa Mémé n’arrêtait pas de dire « C’était mieux avant ! » et elle, elle voulait savoir pourquoi. Elle a fait venir sa Mémé à 15h30. Sa Mémé a raconté son « Mieux avant », les camarades de Zoé ont beaucoup rigolé mais pas seulement. Et Mémé a dit qu’elle pouvait faire venir, le lendemain, sa copine Micheline qui était chanteuse à l’Opéra. Nous les grands, on s’est dit que ça pouvait peut-être être vrai ce « Mieux avant » et on s’est inscrit à cet atelier, pour voir.
Garder tous les animaux ?
Arthur en CP a posé une question « Pourquoi on veut garder tous les animaux ? Moi je ne veux plus des araignées ». Le Comité des enfants s’est dit qu’il n’avait pas tort mais un animateur a dit : « Il faut préserver la biodiversité et travailler au Développement durable ! ». On s’est regardé. On ne comprenait pas bien. On a cherché des spécialistes de la « biodiversité durable et du développement des animaux ». On a trouvé. Arthur s’est inscrit à cet atelier. Après 2 séances il était encore convaincu qu’il fallait supprimer les araignées. Mais il était moins sûr de lui.
La vie des adultes ?
Je suis Jérémy et avec deux copains et deux copines de CE2 on a proposé de faire un atelier « Sujets d’actualités ». On a demandé la salle informatique. On cherche les sujets qui nous intéressent sur les sites des journaux et on en fait des articles courts pour le Blog de l’école. Aujourd’hui, dans le groupe, quelqu’un a eu l’idée de faire aussi un grand journal mural avec les nouvelles de la semaine. On n’est pas encore totalement grand puisque tout ce qu’on écrit, il faut le faire lire à l’animateur. Mais je crois que bientôt on en n’aura plus besoin.
Démonter ?
Je suis Sofiane. Mon père est garagiste. Il répare les moteurs. Dans son garage, il y en a plein qui ne servent plus. J’ai proposé un atelier « Comment ça marche un moteur ? ». Mon père nous en a prêté des vieux et des outils aussi. Il nous a dit : « Allez-y démontez-les ! » et il est reparti. Deux jours après, il est revenu. On a fait
ce qu’on a pu. Il a regardé, rigolé et puis il nous a montré et a mis des mots sur toutes les pièces que nous on appelait des « trucs ». Maintenant on aimerait savoir réparer. Il nous a dit « D’accord. Cherchez ce qui ne va pas dans celui-là, je reviens jeudi... ». Depuis on cherche. Je pense qu’on a trouvé mais on n’est pas sûrs.
Être de service ?
Moi Amina du haut de mes 7 ans, cette semaine, j’ai gagné à être de service... J’aime bien parce que je deviens importante. Rendez-vous compte : on est trois pour faire la liste des projets qui sont travaillés dans les 9 classes de mon école. On a envoyé une lettre à chaque classe, on reçoit les réponses, on trie, on classe. Une fois que notre liste est faite, on cherche à la BCD pour trouver les livres pour chaque projet et le mercredi, en Centre de Loisirs, on va pouvoir compléter à la bibliothèque du quartier. Je me demande même si on ne va pas faire des paquets cadeaux avec nos découvertes, vendredi, pour les classes...
À la radio ?
Samir, notre animateur, nous a dit qu’on allait faire des émissions de « ouebe radio ». Moi, je lui ai dit que je n’avais que cinq ans et que les micros me faisaient peur. Il m’a répondu qu’il avait une « race spéciale de micro qui ne mordait pas ». J’y suis allée parce que je voulais les voir... les micros sans dent. Et c’était vrai. J’ai réfléchi très fort dans ma tête, j’ai fermé les yeux, j’ai répété, répété et puis je me suis lancée : « Je m’appelle Zoé, j’ai cinq ans et je ne comprends pas pourquoi on est obligé de perdre ses dents... C’est maman qui me l’a dit ! ». Samir m’a dit que c’était très bien et que quelqu’un demain allait me répondre. J’ai hâte !
Vincent Van Coq ?
On est cinq enfants de CE1 et on est très occupés. Pas ce mercredi, mais l’autre, on doit aller au Musée voir des peintures de « Vincent Van Coq » (ou quelque chose comme ça...). Personne ne le connaît, il faut qu’on cherche sur Internet. Notre « mission » nous a dit Josselin, « c’est de donner envie aux autres enfants d’y aller ». J’ai vu deux ou trois peintures de « Vincent » et vraiment ça me plaît « très beaucoup ». J’ai même commencé un texte pour raconter qu’il s’est coupé l’oreille. Je le sais j’ai bien vu son pansement. Tous les cinq on a décidé de faire une exposition sur l’exposition. Après on ira voir si le Musée n’a pas fait trop de bêtises.
« Savanturier ? »
Un monsieur qui cherche est venu dans notre classe de CM2. Il nous a proposé de devenir des « Savanturiers ». On a ri et on a dit « d’accord ». Il a dit, mais il exagère sans doute, que nous allions faire de la recherche avec des « laboratoires ». Il a même dit, mais je ne le crois pas trop, qu’on peut apprendre en cherchant comme des chercheurs... La science, ça m’a l’air bien parce que ça épate... Mais je me pose des questions et mes camarades aussi : Passer du temps à chercher, d’accord... mais si on ne trouve rien ? On redouble ? Et si on trouve, qu’est-ce qu’on en fera ? Le plus gros problème, en attendant, c’est que je n’ai pas de blouse blanche...
Football ?
Aziz est très très fort au foot. Et en plus il nous rend fort en foot... Même nous les filles ! L’autre jour il est arrivé pour nous dire : « Aujourd’hui, pas de ballon ». On l’a regardé avec des yeux ronds et il nous a sorti un DVD. Le film s’appelait : « Football, intelligence collective » [3]. Il nous a dit qu’il était passé sur Arte. Moi je ne regarde jamais Arte et mes copines non plus. Il nous a d’abord donné 80 images du film ! On a vu des robots, des bancs de poissons, des paquets d’oiseaux qui volaient ensemble, des matchs de foot vu de tout en haut... On a plein de questions. Demain on aura les réponses dans le film. J’ai hâte de voir pourquoi il nous a donné ça.
Écrire la danse ?
Éric et moi, en CM1, on aime beaucoup être avec Léa et Yuan... Comme on ne veut pas les quitter, on a été obligés de les suivre à l’atelier danse. On ne fait pas les fiers mais petit à petit, on devient de moins en moins ridicule. Et en prime, on est encore plus souvent avec Léa et Yuan. Bref, c’est bien joué... pour l’instant. Sauf qu’aujourd’hui, on a passé une bonne partie de la séance non pas à danser mais à apprendre une nouvelle langue... écrite ! On a appris la « notation Laban » [4], l’écriture de la danse... C’est une écriture pour écrire le mouvement. Pas simple, cette affaire ! Mais du coup, Éric, moi, Léa et Yuan on s’échange des mots en « Laban » et personne n’y comprend rien, sauf nous !
Lire le quartier ?
Nous en CE1, notre animateur nous a proposé de « lire » notre quartier. Bon je ne vois pas pourquoi vu qu’il n’est pas écrit notre quartier mais construit, fabriqué... Mais il a insisté. Et il a bien fait... On est sorti et chacun de nous on ne devait faire attention qu’à une seule chose à la fois. Moi par exemple, je devais regarder et noter les « trous ». En vrai c’était les ouvertures : les portes, les fenêtres... Amin, lui devait regarder le « travail ». Quand on est rentré, on a mis tout ensemble sur une grande maquette fabriquée avec des boîtes en carton. On n’a pas fini, mais déjà on est sûr qu’on n’avait jamais vu ce qu’on a vu. On a un quartier tout neuf !
Parler ?
Véronique s’est assise, un livre à la main. C’est pas que j’aime les livres mais j’aime bien Véronique, alors, je me suis assis avec d’autres devant elle. Elle nous a dit : « Je vais vous lire une histoire, ensuite, pendant 10 minutes, je ne dirai plus rien. ». On a ri. On ne la croyait pas. Elle a lu son histoire... Pas mal... Elle a refermé le livre et nous a regardés. On s’est regardés, on a souri, un peu gênés... Le silence se traînait. Puis un de nous a dit « Ben oui, quoi ! Elle a dit qu’elle ne dirait rien... C’est à nous de parler... ». « Oui mais pour dire quoi ? ». « Je ne sais pas moi... On a qu’à parler du livre, non ? ». « Moi j’ai pas aimé. » « On s’en fiche que tu aimes ou pas. » « N’empêche que j’ai pas aimé et que je peux le dire. » « Ouais, ben moi, j’ai aimé... beaucoup... ça t’en bouche un coin, non ? » « Quel coin ? Il n’y a pas de coin dans l’histoire. » « Oh des coins, il y en a partout. On ne peut pas vivre sans coins. » « Moi j’aime bien les coins arrondis, ça fait du doux... » « Moi les coins, ça me rappelle trop les punitions à l’école. » « Oui, ben moi, ça me fait penser que je dois y aller au petit coin... » « Oh t’es trop sale, toi ! » « Ben moi, je ne vois pas le rapport entre le livre et vos histoires de coins » « C’est vrai ça ! Si c’est pour parler et dire n’importe quoi, vaut mieux que Véronique parle, elle ! » « Quand on parle, c’est jamais n’importe quoi. Moi je préfère qu’on parle comme ça plutôt que de répondre à des questions. » « C’est vrai ça ! Quand on parle, c’est des réponses sans les questions. » « Oui, les réponses, c’est des coins où on peut se cacher. » « Ça y est, voilà, les coins qui reviennent... Les coins, le retour ! »... — Véronique : « C’est bon ! Les 10 minutes sont passées ! C’est fini ! » — Tous : « Oh, non ! On n’a pas fini de dire n’importe quoi ! »
Faire, se taire ?
Ce matin, étonnante surprise en arrivant au Centre. J’arrive comme d’habitude à 8h30 et me dis dans mon « for intérieur » que je vais devoir attendre jusqu’à dix heures. Et bien mon « fort du dedans » s’est trompé... Aussitôt arrivé, j’ai vu les adultes s’activer sans rien dire. Les uns après les autres, ils se sont installés aux 4 coins du préau et de la cour. Comme des camelots, ils ont installé leur matériel. Toujours aucune parole. Nous, intrigués, on s’est approchés, on a regardé. Le premier vers lequel je suis allé, c’est Louis. Sur sa table, il avait des feuilles de papiers, il les pliait et repliait tellement vite que ça devenait magique. Et au bout de ses doigts et de ses pliages apparaissaient une girafe, puis un chien, puis un lion. Il fabriquait devant nos yeux grands ouverts toute une arche de Noé. Et tout ça sans un mot, sans un bruit. Au bout d’un moment, j’ai décidé de le suivre dans ses moindres gestes. Je le suivais au pliage près, tout près. Il m’a regardé et a ralenti ses gestes. Du coup cela devenait plus facile pour moi. Mourad s’est approché, puis Céline, puis Farouk. Ils posaient des questions. Mais Louis ne répondait pas. Alors, eux aussi ont pris une feuille et ont suivi les traces muettes de Louis. J’aime bien, moi, suivre les muets... surtout quand ce sont leurs mains qui parlent.
Ma Loi ?
Bon, je ne suis pas arrivé à mon grand âge, 6 ans, pour continuer à accepter que tout se décide en dehors de moi. À la maison, pas simple de faire mon « trou », vu le principal pour agir (l’argent) est aux mains de mes parents. Dans la rue, mon petit mètre dix ne fait ni la hauteur, ni le poids nécessaire pour imposer ma loi. Ne parlons pas de l’école... Il ne me reste plus que cet endroit où père et mère me jettent le mercredi et les vacances. Mêmes murs, mêmes odeurs, mêmes salles que pendant les semaines sérieuses d’école mais cette fois, paraît que c’est du « Centre de Loisirs ». Marrant cette expression : s’il y a « Centre de loisirs », il devrait y avoir « L’autour du travail »... Et si tous les enfants vont au « Centre », qui va rester sur les bords ? Bon, bref, c’est à peu près le seul endroit où je peux tenter de dire pour faire avancer mes petites idées. Mais les habitudes sont bien installées et il m’est difficile à « tout seul » d’obtenir des résultats auprès des adultes qui sont censés nous « animer ». Et le meilleur moyen pour arriver à tout cela serait de se mettre à plusieurs avec d’autres fortes têtes de mon espèce et de commencer à distiller notre « mauvais esprit », comme dit ma mère. Puisqu’ils disent, entre eux, que « l’enfant est au centre », autant leur montrer de quoi ce « centre » est capable.
Conclusion en forme de postscriptum
Les travaux des animateurs renvoient à des catégories d’intentions telles que : ► La prise d’initiatives des enfants qui va bien au-delà de la simple « prise de parole ». La BCD, le Centre de loisirs offrent-ils des brèches dans lesquelles ces initiatives
pourraient s’engouffrer ? ► La « parole » pour dire, comprendre, écrire ne se trouve-t-elle pas étouffée par le poids de la parole adulte ? Et si l’axe principal de l’action des adultes en BCD et Centre de Loisirs serait de diminuer significativement leur propre temps de parole ? ► Dans le cas d’une marge d’intervention et de proposition des enfants sur les sujets, les actions ; les adultes doivent s’attendre à ne pas avoir de « longueur d’avance » sur le contenu. La BCD, le Centre de Loisirs ne sont-ils pas ces lieux où les adultes accompagnent les enfants sur des sujets qu’ils ne maîtrisent pas ? Peuvent-ils réduire la part de « l’adulte explicateur » pour installer celle de « l’adulte collaborateur de la recherche » ? [5] ► La dynamique d’exploration du monde par les enfants sur des domaines qu’ils ont choisis ou des territoires qu’on leur propose / impose. La BCD, le Centre de Loisirs arrivent-ils à sortir des ornières d’activités « traditionnelles » ? ► L’intérêt pour la vie sociale qui entoure ce lieu : parents, habitants, citoyens porteurs de ressources, de réponses, de mémoire. La BCD, le Centre de loisirs vivent-ils avec et pour le quartier, la ville ?
Les réactions des animateurs sont très diversifiées. Il y a ceux qui retrouvent un « esprit », une « tendance » qu’ils avaient perçus pendant les semaines de formation mais qui se sentent un peu dépossédés de l’idée qu’ils se faisaient de « l’animation ». Il y a ceux qui, ayant rempli leur boîte à outils d’activités, se sentent dans l’impossibilité de les proposer / imposer aux enfants. Il y a enfin ceux qui se refusent à se défaire de la posture de l’adulte au centre, pourvoyeur de tout ce qui ferait du bien aux enfants car ils s’estiment les mieux placés pour le faire. Bref, ce n’est pas gagné ! Mais il y a du « gain » dans ce travail : il n’y a pas que le modèle traditionnel, unique et nécessaire, de l’animateur qui anime qui pourrait exister. La formation se termine sur un doute, un territoire à explorer, une vie à inventer. Et cette dernière repose sur l’apport que les enfants pourraient mettre en œuvre pour se mêler de ce qui, auparavant, ne les regardait pas : le fonctionnement de la société. [6]
« Toute ressemblance avec des situations réelles ne seraient pas fortuite ». Elles ont toutes existé mais de manière séparée. Peut-être que la BCD idéale serait celle où on les retrouverait toutes... En ajoutant, bien entendu, les bouts de réalités que vous pourrez apporter.
[1] Structure de l’Education Nationale et de la Ville de Paris créée à partir de l’expérience du Centre Nationale des Classes Lecture de Béssèges.
[2] « Penser / Classer », Georges PEREC, Seuil, 2003
[3] « Football, l’intelligence collective », Jean-Christophe ribot, Documentaire de 52 minutes sur la théorie des systèmes et le football. Diffuseur : France 5 / Production : Mosaïque Films 2006. Voir : http://www.jcribot.com/Site/Accueil.html
[4] « La notation Laban, également appelée cinétographie ou Labanotation, permet de transcrire le mouvement humain. Elle a été conçue dans les années 20 par Rudolf Laban. La notation Laban permet de lire, écrire, analyser et penser le mouvement. Pour des arts de la scène comme la danse ou le mime, elle permet la préservation et la transmission d’un répertoire. » Voir : http:// notation.free.fr/laban/index.html
[5] « Le Maître ignorant », Jacques rancière, Fayard, 1987
[6] Envisager une généralisation à tous les âges de l’idée contenue dans le texte « Les collégiens, des Formateurs dans la cité » d’Yvanne Chenouf & Jean Foucambert, AL n°126, p. 75.