Hommage
« Michel Violet »
Collectif AFL
Michel Violet, rédacteur en chef de la Revue Les Actes de Lecture (Association Française pour la Lecture) depuis 1983, est décédé dimanche 26 mars 2017. Instituteur laïc puis conseiller pédagogique, directeur de colonies de vacances, il a terminé sa carrière à l’INRP (Institut National de la Recherche Pédagogique) comme chercheur en pédagogie auprès de Jean Foucambert, son collègue et son ami. À la retraite depuis plus de vingt-cinq ans, il arrivait toujours à l’heure « au bureau », attaché au service public et aux travailleurs pour lesquels il avait une haute idée.
Lui, le fils d’ouvriers, était devenu un érudit, sans jamais avoir rompu ses liens affectifs et sa solidarité de classe avec « les petits, les obscurs, les sans grades... sans espoir de duché ni de dotation ». Lecteur régulier (romans, essais politiques, sociologiques et historiques, journaux...), amateur de cinéma et d’expositions, il a nourri les pages des Actes de Lecture de ses regards sur le monde. Malgré la difficulté de défendre des positions devenues minoritaires dans notre pays, il n’a jamais failli sur la ligne éditoriale de l’association tout en combattant, dans ses rangs, le sectarisme, l’entre-soi et la superficialité. C’est pour l’égalité, qu’il a soutenu, dans ces colonnes, de grands projets comme la recherche-action, la présence de BCD (Bibliothèques Centres Documentaires) dans toutes les écoles, les Classes-Lecture et les Villes-Lecture mais aussi la vie quotidienne des classes et des bibliothèques, des centres de loisirs et des politiques de quartiers. Jamais séparé de la réalité des « pauvres pauvres », il cherchait à la mise en perspective des écritures, la mise à distance de l’émotion pour éviter les amalgames et les raccourcis de la bien-pensance.
L’Association Française pour la Lecture se sent profondément orpheline aujourd’hui mais aussi légataire : reprendre le flambeau à travers la revue, avec les qualités de Michel, ses ambitions sociales et politiques, son goût pour la franche rigolade et sa prise en compte de l’humanité telle qu’elle espère devenir. C’est dans cet état d’esprit que nous avons essayé de construire cette revue sans lui mais avec son souvenir.