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« L’affaire de tous... »

Exceptionnellement, le cent quarante-quatrième numéro des AL n’a pas la même fonction que les revues qui l’ont précédé. Il est consacré à la réédition d’un des premiers ouvrages de l’AFL épuisé depuis longtemps : Lire c’est vraiment simple... quand c’est l’affaire de tous ! Pourquoi ce choix ? De manière évidente, par la conjonction, d’un côté du désarroi grandissant provoqué par l’état actuel du monde scolaire et, de l’autre du renouveau perceptible d’une Éducation populaire.

Dans les années 70, les Recherche-Action conduites par l’INRP [1] et par les mouvements [2] pédagogiques travaillaient autour d’une meilleure insertion des établissements scolaires dans le tissu social : École ouverte, École à ères ouvertes, Bibliothèque Centre Documentaire [3], etc. L’éditorial du premier numéro des Actes mentionnait déjà la volonté de l’AFL de « déscolariser la lecture ». Ce qui contextualise le titre de ce livre. Et annonce la création, peu de temps après, de la Fédération des Villes-Lecture... On mesure, en s’y replongeant, combien la bataille a dû être acharnée pour que, trente après, les injonctions du ministre de l’éducation relatives à l’alphabétisation des 3-8 ans ne déclenchent ni hilarité ni indignation, simplement de la résignation... Il est vrai que le terrain y a été préparé dès 1983.

Aujourd’hui, devant la médiocrité, croissante en France, de la compréhension de l’écrit (pourtant, l’unique raison de lire !) dont témoignent les évaluations internationales, l’idée devrait s’imposer que tous les lieux et les temps de la vie sociale où le besoin de lire existe sont aussi les mieux placés pour concourir en commun à sa satisfaction. L’affaire de tous... Mais le risque subsiste que les intervenants de terrain ne trouvent qu’à se référer aux méthodes qui leur ont été destinées par des spécialistes (?) patentés depuis plus de 35 années dans une école « refermée » sur elle-même et qui, pour eux aussi, a donné les résultats qu’on connaît.

D’où notre volonté de rediffuser des informations divulguant au niveau de la société entière ce qu’il semblait naturel de partager à l’époque dans les quartiers. Le paradoxe n’est-il pas en effet que les familles qui, toutes ont permis à leur progéniture de maîtriser - à travers les opérations intellectuelles qu’il rend possibles [4] - un langage oral, acceptent si facilement que l’écrit ne soit pas également un outil de pensée acquis, non par l’oreille mais par la vue dans un environnement qui en a besoin pour échanger les pensées qu’il permet, seul, de concevoir ? Ce qui donnerait, pour les premières années de la scolarité, une fonction autrement plus ambitieuse et passionnante, y compris en direction des parents. Ce qui doit faire peur à certains...

Après tout, ce livre est quand même moins vieux que ceux de Montaigne, Balzac ou Aragon. Il permettra sans doute de les lire mieux, peut-être même entre les lignes, là où il n’y a pas encore de correspondances graphèmes-phonèmes ! Prenons alors le temps de regarder ce que pensaient nos anciens... Comme bien d’autres avant eux.

L’AFL, Décembre 2018
« L’affaire de tous... »

[1Institut National de Recherche Pédagogique

[2AFL, CEMEA, CRAP, FOEVEN, FRANCAS, GFEN, ICEM, OCCE

[3En témoigne l’intervention de Jean GATTEGNO, Directeur du livre au Ministère de la Culture, dans un colloque organisé en 1982 par l’AFL : « En revanche, là où nous nous sentons partie prenante d’un accord, c’est chaque fois qu’une B.C.D. se crée ou se développe avec une volonté d’ouverture. Et j’emploie ouverture dans un sens très précis : ouverture à un public extérieur au public de l’école. Autant dire que si une B.C.D. ne s’ouvre qu’aux élèves, aux enseignants et aux parents d’élèves, personnellement, je ne suis pas absolument convaincu que c’est une véritable ouverture. Et en terme d’horaires, il est évident, pour nous, qu’une B.C.D. qui ne fonctionne qu’aux heures scolaires est une B. C.D. qui remplit certes une mission importante et positive à l’intérieur de l’établissement scolaire, mais qui ne semble pas garantir pour nous l’ouverture à d’autres qu’au public de l’école. »

[4donc par la « voix » directe