A propos de...
« L’école, ciment des dynamiques éducatives locales »
Véronique LAFORETS
Le dossier du n°145 des Actes de Lecture se proposait de réfléchir à l’évolution du concept d’éducation populaire et s’est beaucoup servi des travaux de recherche de Véronique Laforets. Voici, extrait de sa thèse, un bref rappel des liens dominants entre le système scolaire et les structures de l’éducatif local.
Le partage de la mission éducative est au fondement des projets éducatifs locaux, et c’est au nom de l’incapacité de l’école à répondre seule aux besoins de la société et des enfants que les partenaires se mobilisent et se sentent légitimes à intervenir. Il n’est pas un document d’une commune ou d’une association qui ne tisse au minimum référence à la nécessité de concourir, dans l’espace local, à la lutte contre les inégalités devant les apprentissages auxquelles l’école a bien du mal à faire face. [...] Tous ceux qui ont fréquenté de près ou de loin l’éducatif local connaissent le penchant des partenaires locaux à repérer et témoigner des dysfonctionnements et des ratés de collaborations. Les logiques de fonctionnement de l’école et des partenaires locaux sont en effet suffisamment éloignées pour que des rendez-vous puissent se manquer [...].
Mais ces nombreuses appréciations négatives amènent à se demander pourquoi, alors que l’école est présentée comme un partenaire si difficile, elle est autant courtisée. Souligner que la collaboration avec l’école est souvent une condition expresse de l’existence et du financement des dispositifs n’épuise pas les explications. On peut d’abord penser que c’est parce que l’école, en dépit des critiques qu’on lui adresse, demeure, dans la représentation collective, la matrice de la nation, et qu’elle symbolise l’éducation. En conséquence, s’en rapprocher, ou plus encore, y être accepté en tant que partenaire, c’est d’une certaine manière acquérir des lettres de noblesse ; pour le moins, c’est voir sa propre action reconnue comme contribuant à l’acte éducatif. On peut enfin considérer que si ces critiques n’empêchent pas les partenaires d’être à ses côtés, c’est parce qu’au-delà des contingences, ils sont profondément attachés à l’école. Attachés pour ce qu’elle représente dans sa capacité à accueillir tous les enfants et à en faire grandir une très large part. Attachés également à l’école du fait que le retrait relatif de l’État les rend inquiets pour elle. Attachés enfin, parce que de nombreux élus et représentants de fédérations sont enseignants de métier, et que s’ils sont sortis de l’école, c’était peut-être pour mieux pouvoir la faire bouger de l’extérieur. [...]
Nous voudrions suggérer que l’école assure une fonction fondamentale dans le monde de l’éducatif local : celle de le faire tenir. L’école est un dérivatif essentiel : les reproches qui lui sont adressés et les constats de ses défaillances sont, pour une partie plus ou moins importante selon les villes, liés à l’incapacité des partenaires locaux à produire ensemble du politique et donc de l’éducatif. En tout état de cause, ces critiques représentent le moyen à travers lequel, de fait, ils s’exonèrent de désigner et de questionner la dimension proprement éducative des projets éducatifs locaux, c’est-à-dire ce que, au-delà des activités et des temps de prise en charge, ces projets apportent aux enfants en termes de construction d’eux-mêmes.