Extrait
« À la ligne. Feuillets d’usine »
Joseph PONTHUS
Dans ce roman, très autobiographique, le narrateur raconte l’histoire d’un ouvrier intérimaire qui travaille dans les conserveries et les abattoirs en Bretagne. Il raconte la souffrance des corps dans ce travail pénible, répétitif et bruyant. Il est sauvé parce qu’il a beaucoup lu et peut ainsi prendre de la distance avec ce qu’il subit et ainsi, résister à tout ce qui aliène dans cet environnement hostile. Le texte, magnifique, se présente sous la forme d’un long poème, sans ponctuation.
Maman
Je sais comme à toutes les époques de ta vie que tu te fais du souci pour moi
Que ça te retourne le ventre et a des conséquences sur ta santé
Je sais que ma situation à l’usine t’inquiète même si tu ne m’en parles pas de ne pas trouver de « vrai » boulot d’avoir bientôt quarante ans d’avoir fait des études tout ça pour ça
Je sais que tu as travaillé dur toute ta vie notamment pour me payer l’école que tu as fait énormément de sacrifices pour me permettre d’avoir une bonne éducation ce qui est je crois le cas
Peut-être penses-tu que c’est du gâchis d’en arriver là à l’usine
Franchement je ne crois pas bien au contraire
Ce que tu ne sais sans doute pas c’est que c’est grâce à ces études que je tiens le coup et que j’écris
Sois-en remerciée du fond du cœur