Dossier « Textes sur l’éducation à la lecture »
« La voie royale »
Serge HERREMAN
La popularité de Jean-Michel Blanquer ne décroît pas. Il apparaît comme un sage usant de pragmatisme, constatant objectivement ce qui marche et ce qui ne marche pas, s’appuyant sur la recherche scientifique, se situant résolument au-delà de toute idéologie. Cet article essaie de montrer qu’au contraire, l’objectif du ministre est bien tracé, au service d’une voie royale qui ne date pas d’aujourd’hui.
Le ministre de l’Éducation nationale l’affirmait lors de sa prise de fonction : il ne modifierait pas les pro-grammes. Prônant la bienveillance, il défendrait le principe d’une école de la confiance. Ses déclarations médiatiques de l’été révélaient pourtant un projet déterminé sur l’apprentissage de la lecture et sa pédagogie. Résumé : « On s’appuiera sur les découvertes des neurosciences, donc sur une pédagogie explicite, de type syllabique, et non pas sur la méthode globale, dont tout le monde admet qu’elle a des résultats tout sauf probants. » [1]
Les mesures de rentrée s’inscrivaient dans une même logique : ainsi (sans rien changer des programmes ?), la remise en cause de l’interdisciplinarité à travers celle des EPI au collège, ainsi le retour symbolique du redoublement. Les fiches accompagnant le discours de rentrée enfonçaient le clou. Retenons ces quelques passages : ► dans la fiche, « Diviser par deux les classes de CP et CE1 en réseau d’éducation prioritaire » : L’enseignement doit être particulièrement structuré, progressif et explicite. Non seulement il s’agit de donner du sens aux apprentissages, mais il faut aussi les envisager dans leur progressivité. ► dans la fiche, « Pour l’école de la confiance. L’école maternelle. Développer le langage » : Le professeur conduit les élèves à acquérir une conscience phonologique, en manipulant syllabes et phonèmes. [...] En parallèle, après les exercices graphiques, l’écriture apporte une contribution importante à la connaissance des lettres et des mots vus et entendus. Cette activité renvoie à une première compréhension de la correspondance des lettres et des sons. [...] L’un des objectifs essentiels est que tous les élèves découvrent le principe alphabétique et disposent d’une conscience phonologique suffisamment solide pour envisager l’apprentissage de la lecture dans de bonnes conditions. ► dans la fiche « Former des professeurs » : Les méthodes pour apprendre aux élèves la maîtrise des savoirs fondamentaux (lire, écrire, compter, respecter autrui) sont des points essentiels de la formation des professeurs des écoles. Pour la lecture, on s’appuiera par exemple sur les travaux des neurosciences, qui ont démontré l’efficacité d’une pédagogie structurée, progressive et explicite. Par ailleurs, la culture de l’évaluation fera partie des attentes du ministère à l’égard des futurs professeurs.
Il ne fallait donc pas être grand clerc pour s’attendre à ce que très rapidement, les intentions du ministre s’expriment... en toute clarté sous la forme d’une déclaration à la limite de la bienveillance : Notre institution doit indiquer le cap. La liberté pédagogique ce n’est pas l’anarchisme pédagogique. Un conseil scientifique aura pour mission d’« éclairer la communauté éducative ». Les enseignants devront tenir compte de ses recommandations. Ils doivent bien avoir conscience que tous les manuels ne se valent pas, des études ont prouvé que certains sont plus efficaces que d’autres. [2]
La liberté pédagogique deviendra une liberté éclairée... Et ainsi la voie royale sera-t-elle tracée...
La voie alphabétique en étant l’un des éléments...
Les conceptions « fondatrices » : trois références
Les « propositions pour une école rénovée » présentées par Jean-Michel Blanquer dans son ouvrage l’École de demain [3] sont éloquentes et constituent une première référence.
1) On y lit dans l’introduction : On sait aujourd’hui des choses sur le cerveau humain que l’on ne savait pas il y a seulement vingt ou trente ans, et qui doivent influencer notre manière d’enseigner et donc de former les professeurs. [...] Les neurosciences permettent de mieux comprendre les étapes du développement cognitif sans être un nouveau dogme commandant de tout saisir et tout déterminer.
2) Dans la partie consacrée à l’école élémentaire, l’auteur y affirme son attachement au travail de Stanislas Dehaene : Ce que nous enseigne la science [...]. S’agissant des techniques pédagogiques, après des années de polémiques enflammées, un consensus semble se dégager concernant celles qui permettent d’obtenir les meilleurs résultats en matière d’apprentissage de la lecture. Ainsi, Stanislas Dehaene, professeur au Collège de France et titulaire de la chaire de psychologie cognitive expérimentale, a démontré qu’il existe des principes et des méthodes plus adaptés aux mécanismes cognitifs. Il a identifié sept principes : (1► Principe d’enseignement explicite du code alphabétique. (2► Principe de progression rationnelle (aller du plus simple au plus compliqué pour apprendre les syllabes et les sons auxquels elles correspondent). (3► Principe d’apprentissage actif associant lecture et écriture. (4► Principe de transfert de l’explicite vers l’implicite (faciliter l’automatisation rapide de la lecture). (5► Principe de choix rationnel des exemples et des exercices. (6► Principe d’engagement actif, d’attention et de plaisir. (7► Principe d’adaptation au niveau de l’enfant.
Notons dans le même passage la référence aux travaux des sociologues Sandrine Garcia et Anne-Claudine Oller [4] : Il n’y a pas de méthode unique d’apprentissage de la lecture. En revanche, il existe un spectre de méthodes dont l’efficacité est avérée, tandis que certaines ne produisent pas de bons résultats. [...] L’ouvrage récent de Sandrine Garcia et d’Anne-Claudine Oller met en avant les méthodes explicites.
3) L’enquête du sociologue Jérôme Deauvieu (Lecture au CP : un effet-manuel considérable, novembre 2013).
Citations du responsable : Notre enquête confirme à son tour que la réussite des apprentissages au CP est à la mesure de la place faite au travail sur le code. Elle permet toutefois de préciser que toutes les approches du code sont loin de se valoir, montrant que la question principale de la didactique de la lecture aujourd’hui n’est plus de savoir s’il convient ou non de faire place à l’étude du code, mais de la façon d’aborder cette étude. Ce sont les classes dans lesquelles l’apprentissage est résolument centré sur le déchiffrage, considéré comme la clé de l’accès au sens, et organise son étude de façon progressive et systématique, l’élève pouvant déchiffrer de façon autonome tout ce qu’on lui propose à lire, sans recours à la lecture devinette, qui obtiennent des résultats dont la supériorité est statistiquement bien établie. La fluidité du déchiffrage s’avère difficilement séparable, dans ces résultats, de l’appréhension du sens. [...] Ces observations rappellent a contrario combien la culture professionnelle des enseignants du primaire reste aujourd’hui fortement marquée par la thématique de la rénovation pédagogique des années 1970/80. L’apprentissage du déchiffrage est souvent vécu comme le « sale boulot » de l’enseignement de la lecture, comme un temps soustrait à l’essentiel, le travail sur la compréhension, dont les publics populaires sont estimés avoir un besoin prioritaire. Ce qui explique sans doute la diffusion si paradoxalement faible de la méthode syllabique dans les quartiers les plus défavorisés, comme nous l’avons constaté. Peut-on espérer, dans ce contexte, que seront entreprises des recherches sur l’apprentissage de la lecture portant sur de plus vastes effectifs que la nôtre, qui permettraient une mesure précise des effets-maître, de l’impact de la formation initiale et de l’ancienneté dans le métier et qui ne renonceraient pas a priori, au nom de la liberté pédagogique des enseignants (comme si celle-ci n’avait pas tout à gagner à s’exercer de façon mieux informée), à interroger le rôle des manuels, dont notre enquête révèle le poids si crucial ?
Premiers commentaires
On pourra remarquer que LA science se résume, dans le passage cité, à la psychologie cognitive expérimentale, pour aller vite, ce que Jean-Michel Blanquer dénomme neurosciences.
Par ailleurs, comme le soulignait Le Figaro à l’été 2017, Jean-Michel Blanquer « salue le travail de Sandrine Garcia et Anne-Claudine Oller, professeures des universités de Bourgogne et de Paris-Est. Après trois ans passés auprès de 200 élèves de CP, elles ont conclu en 2015 que les méthodes étaient trop intellectuelles, inadaptées aux élèves les plus faibles. La recette, selon elles : la répétition et un apprentissage plus explicite. Certes plus personne n’utilise la méthode globale et les professeurs débutent tout de suite par du déchiffrage « mais il y a aussi souvent des mots à mémoriser alors que beaucoup d’enfants n’ont pas encore développé une mémoire suffisante pour le faire ce qui les conduit à l’échec ». [5]
Pour former des (futurs ?) lecteurs, toujours plus de syllabique donc...
Dans son enquête, précise Le Figaro, Jérôme Deauvieu « a évalué 446 élèves de 23 classes de ZEP en 2013. La majorité des enseignants (77%) y avaient adopté l’un des 23 manuels d’une méthode mixte, associant méthode syllabique et méthode globale (Abracadalire, Gaffi, Ratus...). Seuls 4% avaient adopté la méthode syllabique (Léo et Léa, Je lis, j’écris). Pourtant l’enquête montre que ce sont les manuels de méthode syllabique qui réussissent le mieux à ces enfants : on compte 19 points de réussite supplémentaires sur 100 aux épreuves de lecture et de compréhension. » [6]
Signalons, au passage, que l’un des auteurs de « Je lis j’écris » est le sociologue Jean-Pierre Terrail convaincu aux mêmes arguments de méthode pour les enfants les plus socialement en difficulté que son collègue Jérôme Deauvieu. On notera que ce travail d’enquête a été pour le moins contesté quant à sa rigueur scientifique (faiblesse de l’échantillon, failles dans la méthodologie, appareil statistique, etc.) Voir l’article de François Jarraud dans Le café pédagogique de novembre 2013.
Le lancement des opérations
La conférence de presse tenue par Jean-Michel Blanquer, à l’occasion de la présentation des résultats de PIRLS 2016 (Progress in International Reading Literacy Study) lance les opérations de reprise en main.
Citations (les passages en gras sont de notre fait) :
« Les résultats de l’enquête internationale PIRLS, qui mesure le niveau en compréhension de l’écrit des élèves de CM1, sont une nouvelle fois insatisfaisants. Face à l’ampleur du défi, cette politique se double d’un volontarisme pédagogique au bénéfice de tous les élèves. Cela passe par le déploiement de pédagogies explicites, progressives et structurées fondées sur l’expérience, la recherche et la comparaison internationale. C’est pour cette raison que j’ai réuni un Conseil scientifique qui regroupe des chercheurs issus de disciplines variées et unanimement reconnus pour la qualité de leurs travaux. Leur réflexion sera précieuse pour éclairer les choix que nous avons à faire et pour guider les inspecteurs et les professeurs dans leurs pratiques. Ainsi, nous mettrons à disposition un « état des lieux de la recherche » pour permettre d’appuyer l’enseignement de la lecture sur les résultats scientifiques les plus récents. De même, des progressions annuelles claires aideront les professeurs à mieux accompagner les élèves tout au long des différents cycles. Plusieurs recommandations viendront également souligner le caractère quotidien et central de la lecture, ainsi que l’importance d’un apprentissage systématique du vocabulaire, de la grammaire et donc de l’orthographe. Dans ce cadre, et dans le prolongement des instructions données lors de la publication des programmes à la rentrée 2016, la dictée sera quotidienne à l’école primaire.
Et de conclure par un retour à la confiance... « Pour faire face à ce défi majeur que constitue la maîtrise par tous les enfants des savoirs fondamentaux, nous devons nous rassembler. C’est dans cet esprit de confiance que nous pourrons faire progresser notre École ».
Commentaire
Ainsi donc, le ministre l’affirmait à sa prise de fonction, on ne touchera pas aux programmes mais... des progressions annuelles claires aideront les professeurs à mieux accompagner les élèves tout au long des différents cycles. Plusieurs recommandations viendront également souligner le caractère quotidien et central de la lecture. Le conseil scientifique a été mis en place le 10 janvier 2018. Le SNUipp avait lancé un appel signé par 56 chercheurs soulignant que « le croisement de l’ensemble des travaux de la recherche avec l’expertise des enseignants est indispensable pour construire une école capable de réduire les inégalités et de former des citoyens libres de pensée ». On en est loin de trouver cette diversité dans le conseil. Les « disciplines » représentées convergent en effet très fortement autour des recherches fondamentales ou appliquées relevant des travaux des neurosciences et de la psychologie cognitive. La convergence semble également évidente autour de la conception de l’apprentissage de la lecture. On cherchera vainement des acteurs de terrain...
Décodage (si j’ose dire) : Le conseil scientifique est l’appui logistique du ministre autour de son président (Stanislas Dehaene). La Palice n’aurait pas dit mieux... On peut parier sans risque que les principes ayant participé à sa création se retrouveront dans ses recommandations.
Deux principes... Deux principes émergent forte-ment comme deux vérités jugées fondamentales :
• Premier principe : L’apprentissage de la lecture passe par le recours incontournable à la méthode syllabique. Stanislas Dehaene, professeur au Collège de France, a affirmé l’avoir démontré, grâce à l’imagerie cérébrale.
• Deuxième principe : Pour « faire apprendre », la pédagogie explicite est l’outil adapté. [7] Rappelons qu’il s’agit, selon sa propre définition : ► d’une pédagogie « du modelage » qui explicite les apprentissages. [...] Plutôt que de mettre les élèves en situation de recherche au début d’une leçon, l’enseignant indique directement la réponse attendue et montre la stratégie pour l’obtenir. [...] Le modelage a pour but le développement de « la métacognition de l’élève ». Pour cela, l’enseignant explicite son propre raisonnement (que l’élève s’appropriera ensuite) en mettant un « haut-parleur sur sa pensée ». [...] Il explique oralement aux élèves les questions qu’il se pose face à une tâche et les stratégies qu’il retient pour les réaliser. ► d’une pédagogie structurée et progressive, allant du simple au complexe, pour viser la compréhension [...] Ainsi, l’enseignant va décomposer un savoir complexe en plusieurs séances. Il veille à ne pas apporter trop d’informations nouvelles dans une même séance. ► d’une pédagogie prônant la répétition pour viser la mémorisation à long terme. ► d’une pédagogie qui valorise les efforts et les stratégies pour réussir. [...] Ainsi, l’enseignant adressera des messages positifs aux élèves qui ont fourni des efforts pour utiliser les bonnes stratégies. Un système de renforcement positif qui permet aussi d’améliorer le comportement des élèves /gestion de classe.
• Et une logique : Ces deux principes induisent la logique d’une conception de l’apprentissage comme un modelage du cerveau réalisé de façon progressive au moyen de tests sans relation avec la vie de la classe. Michel Lussault, l’ancien président (démissionnaire) du Conseil supérieur des programmes précisait récemment : « Les élèves ne sont pas juste des cerveaux dans des bocaux. Il y a une interaction permanente entre le corps, le cerveau et l’environnement ». Il craignait de voir « les travaux de recherche instrumentalisés à des fins politiques ». Nous aussi...
Permettre d’appuyer l’enseignement de la lecture sur les résultats scientifiques les plus récents ?
Le ministre l’affirme, c’est l’une des missions prioritaires du Conseil Scientifique. On l’a vu, les résultats de PIRLS semblent avoir tout déclenché de la décision ministérielle de « reprise en main (soft ?) ». Claude Lelièvre revient avec à propos dans l’Humanité Dimanche du 17 janvier 2018 sur deux aspects-clé de cette évaluation. Comme il le fait remarquer à juste titre, les enfants évalués au CM1 ont effectué leur scolarité élémentaire avec les programmes de 2008 élaborés par Xavier Darcos et faisant suite à ceux de 2007 de Gilles de Robien. L’évaluation porte donc sur ces programmes.
Rafraîchissons notre mémoire.
Gilles De Robien avait tranché en matière d’apprentissage de la lecture (non sans remous) dans une circulaire de 2006 : « L’automatisation de la reconnaissance des mots nécessite des exercices systématiques de liaison entre les lettres et les sons et ne saurait résulter d’une mise en mémoire de la photographie de la forme des mots qui caractérise les ap¬proches globales de la lecture ».
Le Figaro le rappelle dans l’édition déjà citée, « Gilles de Robien s’appuyait déjà sur les recherches en neurosciences pour imposer son texte, après un débat politico-médiatique haut en couleur. C’est à cette époque que Stanislas Dehaene, consulté par le ministre, s’était fait connaître. Il avait également rencontré un certain Jean-Michel Blanquer, directeur adjoint du cabinet du ministre de Robien ». De fait, l’enquête PIRLS évalue les programmes de 2007 et de 2008 que Luc Chatel a mis en œuvre. Son directeur de cabinet s’appelait... Jean-Michel Blanquer. Ajoutons la sage remarque de Claude Lelièvre dans l’hebdomadaire déjà cité : « Les programmes de 2008 sont plus orientés pour développer les deux premiers niveaux évalués par le PIRLS (le déchiffrage) et ils régressent sur ce qui avait été fait dans les programmes de 2002, beaucoup plus axés sur les aspects littérature, textes d’auteurs... »
En toute logique, il conviendrait donc, au vu des résultats de 2016, d’envisager... une autre voie dans le domaine notamment de l’apprentissage de la lecture !
Nul n’en doute pourtant, les résultats scientifiques les plus récents attendus par le ministre ne feront rien d’autre que s’inscrire dans l’héritage de 2006. Ils risquent fort d’avoir un goût de déjà ancien déjà vu... et dont on connaît les effets. Pour finir, on peut d’ores et déjà imaginer que les recommandations pour l’apprentissage de la lecture s’accompagneront de tests qui porteront sur les compétences visées. On évaluera ainsi les performances en déchiffrage. On remédiera aux difficultés observées. Mais quid de la lecture... au collège ? Quand des recherches scientifiques évalueront-elles les capacités des méthodes syllabiques « pures » à former des lecteurs (ceux attendus par l’enquête PIRLS), des lecteurs-tout-court ? L’enjeu est de taille mais ne semble guère intéresser.
Conclusion
Retour à la voie royale
Ainsi, pour « faire progresser notre École » dans « l’esprit de confiance » souhaité par le ministre, il faudrait faire encore plus ce qui a déjà été fait... Il faudrait suivre la voie royale, héritage des modèles des programmes de 2007 améliorés en 2008, la dernière version scientiste datée de 2017 intégrant neurosciences et pédagogie explicite et s’enrichissant des futures recommandations du conseil scientifique en 2018 que l’on croit deviner. Alain Finkielkraut comme François Bayrou voient en elle un espoir pour l’école...
La voie royale succédant à la voie républicaine ? La voie royale... Mais pour qui ?
Décidément, plus que jamais, résistons !
PS De la liberté
Ce post-scriptum pour réagir à la volonté du ministre de passer d’une liberté pédagogique à une liberté éclairée. On se contentera de citer Claude Lelièvre. L’historien de l’éducation s’interroge sur son blog (http://blog. educpros.fr/claudelelievre) suite aux affirmations et aux annonces du ministre : « Bigre ! Cela annoncerait-il le retour à des pratiques qui ont eu cours sous la Restauration ou durant les deux Empires ? En tout cas, il convient de prendre la mesure de la rupture qui s’opérerait avec la grande tradition républicaine, pièces à conviction historiques à l’appui. [...] Le 6 novembre 1879, le Directeur de l’Enseignement primaire Ferdinand Buisson (dans une note adressée au nouveau ministre de l’Instruction publique Jules Ferry) indique qu’« il y aurait de graves inconvénients à imposer aux maîtres leurs instruments d’enseignement » et qu’ « il n’y en a aucun à leur laisser librement indiquer ce qu’ils préfèrent ». E...] Claude Lelièvre poursuit : Quant à « la liberté éditoriale » qui « ne doit pas être une anarchie éditoriale » selon Jean-Michel Blanquer, on se contentera de l’évocation de la réponse du ministre de l’Education nationale Alain Savary à une question écrite de parlementaires en avril 1984 à propos d’un manuel incriminé : « Le ministre ne dispose pas du pouvoir d’injonction lui permettant de faire retirer ni même de faire amender un ouvrage. Il n’exerce aucun contrôle a priori sur le contenu des manuels scolaires et il n’a pas l’intention de modifier la politique traditionnellement suivie à cet égard. Il n’existe pas de manuels officiels, pas plus qu’il n’existe de manuels recommandés ou agréés par le ministère de l’Éducation nationale. Il y a eu dans le passé des tentatives allant dans ce sens, avec risques de censure. La liberté des auteurs et des éditeurs est entière sur tout ce qui touche à la conception, à la rédaction, à la présentation et à la communication des ouvrages qu’ils publient ».
[1] L’Obs 23/8/2017
[2] Conférence de presse du 5/12/2017
[3] L’École de demain : Propositions pour une École nationale rénovée, éd. Odile Jacob, 2016
[4] Réapprendre à lire. De la querelle des méthodes à l’action pédagogique, Seuil, 2015
[5] Voir à ce sujet les articles parus dans les A.L. n°132 « Permis de lire ? » Serge HERREMAN et n°133 dans la rubrique « Nous avons lu » Dominique GRANDPIERRE
[6] Le Figaro, 25 août 2017. On laisse l’appréciation du « mixte » au journaliste...
[7] Voir dans Les A.L. n°137 « Expliciter ? Oui ! Mais quoi, comment et pourquoi ? » Serge HERREMAN